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Visuel de l’épisode « La Great Divide avec un enfant de 10 mois »
Dans la roueS01 · E06

La Great Divide avec un enfant de 10 mois

Avec Olivier Godin

1 h 18Par Laurent Belando

Notes de l’épisode

Souvent, les envies de voyage naissent dans les récits d’explorateurs.

Jon Krakauer a écrit : « Rien n’est plus nuisible à l’esprit aventureux d’un homme qu’un avenir assuré. »

Olivier, qui aime à rappeler que le plus dur c’est de prendre la décision de partir, a fait le choix de tout quitter pour vivre l’aventure avec sa compagne Adeline. Après une traversée initiatique de l’Afrique pendant 1 an et demi, ils ont embarqué leur fils Axel, âgé de seulement 10 mois, dans l’aventure de la Great Divide : une traversée des États-Unis du nord au sud par les montagnes Rocheuses.

À la fois journaliste, auteur, photographe et vidéaste, Olivier a déjà écrit trois livres sur le sujet du voyage à vélo. C’est ce dont il va nous parler dans ce sixième épisode de Dans la roue.

Bonne écoute !

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Instagram : @vascoutdoor

Musique :
hila (Artyom – David Kiledjian) / Miropé feat Miguel Atwood-Ferguson © 2020
Tim Dup / Vers les ourses polaires © 2016

Transcription

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A travers mes différentes activités liées au vélo, j'ai eu la chance de rencontrer de nombreux cyclistes au parcours singulier, des voyageurs, des coureurs, des artisans, des passionnés. De ces rencontres est née l'envie d'enregistrer ce podcast, l'envie de partager leurs récits, leurs aventures, leurs expériences. Alors il faut bien avouer que cette période de confinement a un petit peu accéléré les choses, car s'il y a bien un trait commun avec tous ces cyclistes, c'est cette même envie d'enfourcher leur vélo, de prendre la route et de découvrir de nouveaux horizons.

J'ai donc voulu savoir comment eux vivent le confinement, comment ils s'entraînent et quels conseils ils peuvent partager avec nous. Je suis Laurent Bellando et aujourd'hui je vous invite dans la roue d'Olivier Godin.

Souvent les envies de voyage naissent dans les récits d'explorateurs. John Krakauer a écrit « Rien n'est plus nuisible à l'esprit aventureux d'un homme qu'un avenir assuré ». Olivier, qui aime à rappeler que le plus dur c'est de prendre la décision de partir, a fait le choix de tout quitter pour vivre l'aventure avec sa compagne Adeline. Après une traversée initiatique de l'Afrique pendant un an et demi, ils ont embarqué leur fils Axel, âgé de seulement dix mois dans l'aventure de la Great Divide.

Une traversée des Etats-Unis du nord au sud par les montagnes rocheuses. À la fois journaliste, auteur, photographe et vidéaste, Olivier a déjà écrit trois livres sur le sujet du voyage à vélo. C'est ce dont il va nous parler maintenant.

Bonjour Olivier, comment vas-tu ? Bonjour Laurent, ça va, impeccable ! Comment se passe son confinement ? Ça se passe bien ? Eh bien, écoute, ouais, ça se passe plutôt bien. Ça commence à devenir un petit peu long, mais on prend notre mal en patience. Beaucoup de gens disent qu'ils ont du temps pour eux. Nous, au contraire, on trouve que les journées filent assez vite entre l'école à la maison, les tentatives de télétravail et puis mener toutes les contingences du quotidien. En fin de compte, le temps nous file entre les doigts.

Donc, voilà, c'est un autre rythme. C'est vrai que ce confinement, c'est assez particulier.

Je fais un peu le parallèle, d'ailleurs, avec le voyage à vélo parce que du coup, ça nous invite à changer d'allure. Et nous, en fin de compte, au lieu de ralentir, on a un petit peu accéléré pendant le confinement. Donc voilà, c'est un peu différent. Mais il y a certaines similitudes aussi dans la façon dont tu peux avoir à reconsidérer ton rapport à l'espace, aux distances, comme tu es confiné dans ton appartement ou dans le meilleur des cas, tu peux t'éloigner d'un kilomètre.

Voilà, ça amène à quelques réflexions assez intéressantes. Bon, tu vas nous raconter tout ça. Mais avant de commencer, quelle est ton humeur musicale en ce moment, Olivier ? Alors, moi, bizarrement, j'écoute assez peu de musique. Alors, je n'écoute pas du tout de musique à vélo, d'ailleurs, pour des raisons de sécurité, parce que je n'en ressens pas forcément le besoin. Sinon, après, je suis plus sensible, si tu veux, aux paroles qu'est la musique elle-même, parce que je suis assez ignorant, en fait, en la matière.

Donc, je suis plus poésie, plus chanson à texte. Et là, il y a un auteur, compositeur, interprète que j'écoute pas mal, qui s'appelle Teamed Up il a 25 ans seulement il est jeune il a vraiment une démarche artistique assez complète il a aussi des clips qui sont vraiment des petites pépites donc c'est assez sympa il a sorti son deuxième album en début d'année ça s'appelle Quand restera-t-il et il a le talent en fait pour te faire surgir des sortes d'étincelles de poésie de la vie ordinaire il regarde un peu le monde avec un autre regard et bref j'aime vraiment ce qu'il fait et encore une fois je fais un peu le parallèle avec le voyage à vélo parce qu'il pointe un peu du doigt l'insignifiance de nos existences dans ses chansons et notre besoin de gueuler pour dire qu'on existe et pour moi partir à vélo c'est un peu ça aussi en gros c'est dire je suis rien face au vaste monde mais j'ai quand même la capacité de partir et d'en faire le tour du monde avec mes propres moyens donc c'est une manière d'exister de montrer à la face du monde qu'on est là.

Du coup, Olivier, merci pour cette petite recommandation. Comment tu pourrais te présenter pour ceux qui ne te connaissent pas ? Alors, c'est toujours assez compliqué, en fait. Pour moi, se définir, c'est souvent un peu se figer. Donc, je suis un peu touche à tout. À la base, j'ai une formation de journaliste. J'ai travaillé dans la presse quotidienne pendant plusieurs années, à La Réunion et après en Ile-de-France.

Et puis ensuite, j'ai eu la chance de partir pour un grand voyage en 2009-2010 avec ma compagne. On en reparlera peut-être tout à l'heure, mais je suis parti pendant 18 mois à travers l'Afrique et c'était pour moi un moment vraiment fondateur, un carrefour de mon existence. Et en venant, j'ai choisi de devenir indépendant et de continuer à être journaliste, à être auteur également, mais à traiter des sujets qui m'intéressaient vraiment, c'est-à-dire le voyage à vélo et plus largement les activités outdoor, l'aventure et tout ce qui touche un peu au sport en pleine nature.

Donc, j'ai eu la possibilité d'écrire pour différents médias, en même temps d'écrire des bouquins, de faire des conférences sur le sujet. Donc, j'essaye de garder une certaine liberté et de trouver un équilibre entre s'en sortir financièrement et en même temps se consacrer à ma passion. Donc, en fait, tu étais journaliste, si je comprends bien, puis d'un coup, comme ça, tu t'es dit, bon, je plaque tout, entre guillemets, et je pars à l'aventure, quoi. Ouais, je plaque tout.

Ce n'est pas forcément comme ça que ça s'est passé, en fin de compte. C'est quelque chose d'assez mûri, assez réfléchi. L'envie, je crois qu'elle était là depuis toujours, en fin de compte. Et à un moment donné, les planètes salignent, tu rencontres les bonnes personnes. Alors, en l'occurrence, là, la bonne personne, il y a un contexte global qui fait que tu as les moyens de partir. Tu as aussi sans doute travaillé sur toi et fait tomber certaines barrières. certaines peurs qui te retiennent. Souvent, c'est ça, c'est plus des peurs vraiment qui sont personnelles, des choses qui t'effraient, des obstacles que tu t'es toi-même inventé qui t'empêchent de partir.

Et voilà, à ce moment-là, j'avais réussi à faire tomber tout ça et du coup, je suis parti, ça m'a permis de prendre pas mal de recul et de voir que le voyage à vélo, c'était vraiment un moyen assez intéressant justement de trouver à la fois de l'énergie parce que c'est quelque chose qui dynamise et en même temps qui t'ouvre à d'autres cultures, d'autres façons de penser.

Et forcément, quand tu reviens, tu envisages ta vie sous un angle un petit peu différent. C'est ce qui s'est passé. C'est ce qui m'a conduit à vouloir être indépendant et conserver une certaine forme de liberté. Cette liberté que tu peux avoir sur la route, en fin de compte, c'est difficile de la reproduire à l'identique à la maison. Mais je pense que le statut de freelance, en quelque sorte, il peut t'amener un petit peu à faire ça. Donc voilà. Après, tout l'aspect économique qui est du coup beaucoup plus fragile, quand on est freelance, on n'a pas un revenu qui est stable dans la durée.

On le travaille en quelque sorte aussi quand on est sur la route parce que la route, c'est aussi une école pour moi de la sobriété. Et donc, quand on arrive à reproduire ça au quotidien, on arrive à se ménager un style de vie qui permet de profiter à la fois de sa passion et de conserver sa liberté en même temps sans crever totalement la dalle. Est-ce qu'avant de faire ce grand saut justement, tu as fait des voyages initiatiques peut-être sur l'espace d'un week-end ou peut-être une semaine ?

En fait, pour tout dire, quand on est parti en Afrique, donc pour 18 mois, je n'avais aucune expérience du voyage à vélo. Après, moi, je suis cycliste depuis tout petit. J'ai eu la chance de grandir dans la forêt de Rambouillet, donc je fais du VTT depuis que je suis en âge de monter sur un vélo. Donc, le vélo, ça fait vraiment partie de mon ADN. Après, le voyage, c'est quelque chose qui est venu, je pense, grâce à mes lectures, en fait. Toutes les lectures, cette littérature qu'on appelle littérature de jeunesse, mais en fait, qu'on peut vraiment interpréter sous plein d'angles différents.

Il y a plusieurs registres de lecture, mais tous ces bouquins que tu dis avant 15 ans, les Frisons Roches, les Jules Verne, ces auteurs-là, les London et tout ça, ça permet de te développer un imaginaire. Et moi, c'est ce qui m'a appelé vraiment à vouloir prendre la route. Donc en fin de compte, ma passion pour le vélo que j'avais vraiment inscrite naturellement en moi, elle est venue se confronter à cette envie de partir. Et voilà, du coup, le projet s'est mûri comme ça au fur et à mesure.

Et avant de partir à vélo, j'ai eu l'opportunité de partir en voiture. Dès que j'ai eu 18 ans, j'ai mis les voiles avec une Super 5 à l'époque. Avec des potes, on était jusqu'en Roumanie. Donc, c'était une manière, en fait, de mettre un petit peu fin à l'enfance et à prendre ton envol, goûter à une certaine forme de liberté. Et voilà. Puis après, j'ai eu la possibilité aussi de voyager plusieurs fois en Afrique, plus en mode backpack. Et c'est ce qui m'a permis aussi de découvrir que j'avais une fascination et une sorte de passion pour l'Afrique et que je voulais assouvir d'une manière différente en partant avec le vélo parce que le vélo, c'est un autre moyen de découvrir les choses par rapport à la voiture, même par rapport au transport en commun, on est beaucoup plus, à mon goût, à mon avis, on est vraiment beaucoup plus ancré dans le paysage et beaucoup plus à même de faire des rencontres, de prendre du temps et de découvrir les choses dans l'intime, en fin de compte.

Ah oui, parce que tout à l'heure, tu parlais d'écouter de la musique sur un vélo. Pour le coup, je suis complètement d'accord avec toi, même si je suis un grand fan de musique. C'est que ça fait partie des plaisirs du voyage à vélo, de pouvoir être à l'écoute et aussi de pouvoir sentir les odeurs. Ouais, je te rejoins totalement, c'est vraiment une expérience complète, une expérience sensorielle, vraiment, ouais, totale, c'est vrai que moi j'aime bien écouter ce qui se dit, alors je disais aussi tout à l'heure pour des raisons de sécurité tout simplement, mais écouter aussi le bois que tu peux avoir, en fait un paysage tu le vois, mais tu le ressens de cette manière-là, avec les odeurs, avec les bruits, la musique, les cris, les chants, tout ça, ça a une certaine signification, Ça participe à dresser un tableau vraiment complet.

Et quand tu es à vélo, à l'inverse justement d'un véhicule dans lequel tu es enfermé dans un habitacle, tu es beaucoup plus réceptif à tout ça. Donc, c'est vraiment une expérience complète pour moi. Tu es aussi beaucoup plus livré aux aléas du climat et à toutes ces choses qui te font aussi ressentir finalement ce contact que tu as avec la nature. Oui, exactement. C'est vrai que tu éprouves totalement les éléments et d'ailleurs ça va un peu à l'encontre de la carte postale qu'on dépeint généralement quand on parle de voyage à vélo, quand tu feuillettes les magazines il y a des beaux paysages, tout ça il fait toujours beau c'est rare que tu vois des images avec des gens qui galèrent dans la boue et en réalité le voyage à vélo c'est effectivement des moments de liberté ultime dans des paysages absolument fabuleux mais il y a aussi plein de moments qui sont beaucoup plus galères, en tout cas beaucoup moins photogéniques et pourtant ça fait partie de l'expérience et pour moi je les renie pas du tout ces moments là le bonheur il n'est pas linéaire dans le voyage à vélo c'est vraiment, on le butine si tu veux et du coup tout ça ces petits moments un peu plus difficiles c'est ce qui fait aussi la valeur, la richesse de l'expérience et ils sont assez nombreux effectivement, éprouver les éléments que ce soit le froid, le vent la pluie, tout ce que tu veux ou même l'extrême chaleur, mais ça va être les ennuis mécaniques, ça va être les galères ça va être une certaine forme d'incertitude permanente qui est aussi assez dure à gérer et qui pour certains d'ailleurs est complètement rédhibitoire.

Il y a beaucoup de gens, le simple fait de ne pas savoir où ils vont dormir le soir, c'est quelque chose qu'ils ne peuvent pas envisager. Tout ça, c'est des choses qui pour moi font partie de l'expérience globale du voyage à vélo au-delà de la simple carte postale qui effectivement est sans doute ce qui nous motive à la base.

Parlons-en justement, partons avec toi en voyage. Ton premier voyage, tu nous as dit, c'est la traversée de l'Afrique. Est-ce que tu peux nous expliquer un petit peu ton parcours et puis tes rencontres, tes aventures, peut-être les problèmes que tu as pu rencontrer pendant ce voyage. C'est préparatif aussi, si tu veux nous en parler. Oui, bien sûr. Alors, ce premier voyage, il faut se remettre un peu dans le contexte.

On est en 2009-2010. Donc voilà, ça fait plus d'une dizaine d'années. Ça ne me rajeunit pas, cette histoire. Mais j'ai rencontré Adeline, ma compagne, depuis deux ou trois ans. Et notre couple, il s'est vraiment construit autour de l'envie d'Afrique, l'envie de voyage. Adine n'est pas du tout cycliste j'essaye plus ou moins d'introduire le sujet vélo dans les conversations et elle n'est pas du tout hostile à cette formule de voyager et on se dit pour vraiment pousser la symbolique jusqu'au bout on va partir en tandem et on a essayé un tandem le temps d'une après-midi on a vu que ça fonctionnait à peu près et un beau matin de janvier on est parti de chez nous dans la région parisienne à l'époque il faisait moins 13 degrés avec notre tandem mais chargé comme c'est pas permis et à la première montée qui était une pente douce de 3-4% on s'est dit mais jamais de la vie on va y arriver on est beaucoup trop lourd, on a beaucoup trop froid c'est impossible et on a vraiment pensé que ce tandem qui allait être l'instrument de notre liberté au début c'était le pire boulet qui pouvait exister et voilà et puis au fin finalement une fois qu'on est sur la route qu'on a fait, qu'on a passé cet obstacle le plus difficile c'est à dire de prendre on a décision de partir, l'aventure, quelque part, elle vous entraîne.

Et puis, on a au début fait des étapes qui étaient relativement longues, en fin de compte, mais les organismes se sont habitués. On a commencé à s'aguerrir et puis à pouvoir monter les pentes sans mettre pied à terre. Et voilà, donc on a traversé la France comme une sorte de mise en jambes en plein hiver, l'Espagne, ensuite le Maroc, le Sahara occidental, le Sénégal, le Mali, le Burkina Faso, le Togo, le Ghana, Et ensuite, pour des raisons de sécurité, on a pris l'avion jusqu'en Éthiopie.

On a suivi la vallée du Grand Rift, Kenya, Tanzanie, Malawi, Zambie, Zimbabwe, Botswana, Namibie et Afrique du Sud, en voyage de 20 000 kilomètres et 18 mois au total. Donc là, j'énumère des noms de pays, ça ne veut pas dire grand-chose, mais c'est pour vous donner une idée un peu géographique du périple qu'on a entrepris. On n'avait pas d'itinéraire tracé à l'origine, on avait simplement un objectif, c'était de rouler vers le sud. Et c'est aussi ce que j'apprécie dans le vélo en fait, c'est que c'est sans doute d'ailleurs pour ça que beaucoup de gens partent, parce qu'en fin de compte c'est extrêmement simple, c'est vraiment s'inscrire dans l'opposition de la vie quotidienne que je trouve extrêmement complexe, notre quotidien aujourd'hui il est devenu une complexité assez dingue, partir à vélo même si ça peut faire peur à beaucoup de gens, c'est extrêmement simple en fait, je dis il suffit de pédaler et c'est aussi simple que ça, le reste ça va tout seul, la gestion des bivouacs, la nourriture.

Il y a une routine qui s'installe quelque part et c'est assez simple. Donc nous, notre idée, c'était tout simplement de pédaler vers le sud et d'aller jusqu'au bout du continent pour terminer notre voyage. L'itinéraire, il s'est dessiné ensuite en fonction de la météo, en fonction des aléas géopolitiques de ce qu'on a pu nous dire sur le terrain parce que l'Afrique, c'est une destination un petit peu particulière, un continent qui est très complexe. La situation géopolitique évolue très rapidement.

c'est difficile de se faire une idée vraiment de ce qui se passe sur le terrain. Donc si on va uniquement sur le site du ministère des Affaires étrangères, beaucoup de pays sont coloriés en rouge, ce rouge-là qui fait un petit peu peur. Quand on prend vraiment le pouce sur place, qu'on interroge les gens qui sont en charge de la sécurité ou simplement les habitants, on arrive à se faire une idée un petit peu plus précise de la réalité. Et souvent, un pays qui est complètement colorié en rouge, les zones d'insécurité, elles sont circonscrites à quelques régions, quelques territoires bien définis et on peut quand même voyager en passant entre ces territoires.

Après, la situation a grandement évolué depuis 2009 et 2010, donc l'itinéraire qu'on a effectué à cette époque, je ne suis pas certain qu'il serait possible aujourd'hui. Vous avez ressenti vous, à un moment, cette insécurité comme ça, qu'on nous présente un petit peu comme un épouvantail ? Écoute, non, vraiment, nous, on n'a jamais été confrontés à cette insécurité-là. J'ai l'habitude de dire en 18 mois de voyage le seul tracas qu'on a pu rencontrer c'est le vol d'une paire de baskets au Sénégal c'est la seule chose et encore on l'avait laissé devant notre tante en se couchant tellement on était en confiance en fin de compte donc voilà c'est vraiment complètement anecdotique et après quelques petites tentatives d'arnaque qu'on peut rencontrer absolument partout le seul endroit où véritablement on a été plus confronté à une menace c'est sur une zone qui se trouve au nord du Kenya la frontière avec la Tanzanie qui est proche de la Somalie également où le trafic d'armes et monnaie courante on a l'habitude de dire en fait qu'il est plus simple de s'acheter une kalachnikov que d'acheter de la nourriture donc il y a un climat assez particulier une zone tribale où il y a des famines qui sont assez régulières et les autorités locales nous ont dit au moment de traverser cette zone c'est à vos risques et périls mais nous on vous encourage vraiment à intégrer un convoi en fait protégé par des militaires donc un convoi de camions de mettre les vélos dans un camion pour faire les 500 kilomètres de cette zone qui est un petit peu dangereuse on les a écoutés à ce moment là parce que voilà ça aussi du voyager c'est savoir être responsable de temps en temps et puis renoncer parfois à ces envies un peu jusqu'au boutiste de tout faire à vélo l'idée c'était quand même pas d'aller se mettre dans un guépier pas possible et on a traversé cette zone là dans un camion et on a enfin voilà l'histoire nous a confirmé qu'on avait raison parce que juste devant notre convoi, un autre convoi qui voyageait dix minutes juste avant nous a été attaqué et ont intégralement dévalisé. Donc, si on avait été à vélo, je ne sais pas ce qui se serait passé, mais c'est le seul moment vraiment de tension qu'on ait pu rencontrer sur dix-huit mois de voyage.

Et du coup, j'imagine que voyager en Afrique, ça doit être, on parle d'insécurité, mais il doit y avoir des paysages qui sont complètement dépaysants. Oui, en termes de paysage, c'est assez incroyable. Comme je le disais tout à l'heure, on a l'habitude de parler de l'Afrique comme si c'était une sorte d'étendue géographique un peu uniforme tout ça en fait c'est un continent qui est extrêmement vaste il y a une diversité de paysages assez incroyables des dunes du Sahara à la savane en Tanzanie jusqu'en fin de compte en Afrique du Sud où on va retrouver des paysages qui sont proches de la Bretagne donc c'est non c'est extrêmement riche s'il y en a qui me restent en tête ça sera ouais je ne sais pas le cratère du Yengorongoro en Tanzanie, l'île de Zanzibar, ça va être les Chutes Victoria, par exemple, qui sont des paysages qui sont absolument fabuleux, mais il y en a plein d'autres qui sont beaucoup moins réputés.

Et puis, on voyage en Afrique, pas uniquement, je pense, pour les paysages, mais aussi pour une atmosphère, une ambiance, un rapport aux gens qu'on peut avoir aussi, qui est un petit peu différent, qui est d'ailleurs différent parfois d'une région ou d'un pays à l'autre. Mais il y a un accueil qui est quand même assez particulier. Nous, on a très rarement installé notre pente à l'écart dans des zones avec absolument personne parce qu'on était très souvent conviés à intégrer soit un village, soit une maison et à partager la soirée.

Déjà simplement parce que les gens ont peur eux-mêmes pour notre sécurité. Ils préfèrent nous savoir proches d'eux plutôt qu'à l'extérieur. Et puis simplement parce que le vélo, ça suscite aussi une certaine faim de curiosité, surtout le tandem, on voyageait avec un tandem et avec une remorque. Donc on faisait un peu figure d'extraterrestre. Et forcément, ça, ça appelait beaucoup de questions et les gens venaient discuter. C'est un plaisir justement de se rencontrer autour de cet échange.

Nous, on parlait de notre voyage, de notre vélo, de notre façon de progresser et eux, de leur réalité quotidienne. Quand je disais, c'est butiner, voyager, c'est un peu ça. C'est prendre un petit peu chaque jour de ce qu'on peut trouver à la fois dans les paysages, mais aussi auprès des gens qu'on va rencontrer. Tu as une anecdote justement par rapport à ce voyage de rencontre ? Oui, j'en ai 10 000. J'ai cette famille en Mauritanie qui nous accueille.

On est censé rester une nuit, on est resté trois semaines. Il était ensuite impossible de partir parce qu'il y avait toujours un événement à fêter. Il y avait quelque chose à célébrer, la naissance d'un enfant, une fête religieuse. donc on a eu l'opportunité de vivre dans l'intimité de cette famille de briser un petit peu la glace c'est vrai que les Mauritaniens quand on les voit derrière leur boubou bleu qui est assez emblématique c'est des gens qui paraissent un peu stricts, un peu austères et en fin de compte, dès qu'on passe la porte de la maison on découvre des gens qui sont beaucoup plus ouverts qu'on pourrait l'imaginer qui sont parfois blagueurs qui rigolent, ça a été trois semaines assez sympa et puis sinon notre rencontre qui là pour le coup est intéressante parce qu'on voyageait à vélo on se télétransporte jusqu'en Tanzanie avec le Mont Mero en arrière-plan on est en pays Maasai et on vient de passer une journée vraiment extrêmement chaude nos réserves d'eau sont complètement vides et on va demander auprès d'une Boma une Boma c'est un village Maasai en fait c'est un groupe de casques qui est entouré par une clôture végétale pour empêcher les fauves, les lions, de rentrer à l'intérieur, en fin de compte.

Et du coup, il y a tout un protocole, un rituel à respecter. On va demander au chef si on a le droit de rentrer à l'intérieur. Et puis, au bout d'une demi-heure d'attente, on nous dit, oui, vous êtes les bienvenus, il n'y a aucun souci, vous pouvez vous installer. Mais malheureusement, par contre, il n'y a pas d'eau. Leurs réserves à eux sont terminées également. Et le premier puits, il est plusieurs kilomètres dans la brousse, le soleil tombe et il n'est pas question de s'aventurer. Donc, on se dit, tant pis, on ne va pas boire, tant pis on va rester jusqu'au lendemain sans boire et par contre on ne se laisse pas démonter on leur propose justement de faire du tandem et c'est un des avantages du tandem c'est que tu peux le faire essayer à des gens qui ne savent pas faire de vélo qui ne sont jamais montés sur un vélo et là en l'occurrence qui n'ont même jamais vu de vélo pour certains et on a passé un moment vraiment excellent au début tout le monde était réticent parce que forcément c'était quelque chose de nouveau il y en a un qui a fini par surmonter sa peur il est monté sur le vélo un peu comme quand tu montes sur un cheval tu vois et je suis resté à 3-4 kmh vraiment au pas, il semblait un petit peu pétrifié et puis une fois l'expérience terminée, on a fait quoi, 100 mètres dans le village il a commencé à crier quelque chose à tous les autres habitants du village et là d'un coup tout le monde s'est précipité sur le mois et tout le monde a voulu faire un tour de tandem et ils ont même été chercher le chef de toutes les bomas du secteur qui était un petit vieux avec sa canne et des cuits de bouteilles énormes qui est monté derrière et tout le monde avait perdu le sens de la hiérarchie on se moquait de lui enfin il y avait vraiment une ambiance super sympa et ça c'est le vélo qui permet ce genre de moment oh super on va encore parler de voyage un peu plus tard on va juste continuer avant de dresser un petit peu ton portrait avec tes autres voyages donc bon vous rentrez de ce voyage au final vous avez fait combien de kilomètres environ sur le voyage en Afrique on a fait 20 000 kilomètres environ 20 000 kilomètres et vous étiez très sportif avant de partir très sportif c'est beaucoup dire après moi je me maintiens toujours donc je fais beaucoup de courses à pied beaucoup de beaucoup de vélo aussi de manière assez vélo de route de manière assez sportive donc ouais j'avais une condition physique plutôt bonne Adeline un petit peu moins mais en fin de compte c'est pas c'est vraiment pas indispensable d'avoir une une condition physique exceptionnelle pour partir à vélo il faut être en forme mais à partir du moment on est en forme on peut tous faire 50 km 60 ou même 100 km par jour si on prend son temps et surtout bien l'entraînement il vient en pédalant au bout de trois semaines déjà l'organisme il s'est modifié les muscles s'allongent le rythme cardiaque ralentit donc ça guérit donc il ne faut pas que ce soit un obstacle il n'y a aucun souci quand on part en voyage à vélo on a le temps et tout ça ça vient avec les kilomètres Donc comment se passe votre retour en France ?

Alors le retour c'est aussi un sujet qu'on évoque assez rarement on parle fréquemment des rencontres et des petits moments sympas qu'on peut rencontrer lors du voyage mais le retour pour moi ça fait partie intégrante du voyage il faut l'anticiper il faut quelque chose il faut pas que ça soit une obsession mais il faut pas l'oublier complètement à moins d'être parti vraiment sans date de retour et encore mais pour ce premier voyage justement j'avais pas l'expérience et le retour c'était quelque chose qui restait assez flou et je savais pas vraiment comment la chose allait se produire et en fin de compte quand je suis revenu alors en plus je me suis lancé dans l'écriture d'un livre sur cette expérience et en fait je suis resté l'esprit voyageant en Afrique et les deux pieds de retour chez moi et je l'ai assez mal vécu en fin de compte il y a eu 2-3 mois sans parler de dépression mais d'être dans une sorte de moment charnière c'est un électrochoc quoi ouais c'est ça en fait t'es ravi au départ parce que tu vas revoir ta famille tu vas revoir tes proches c'est ce qui te manque le plus en fin de compte quand t'es sur la route puis un an et demi c'est quand même une période assez longue c'est un vrai chapitre de ta vie et donc t'es content de rentrer tu goûtes aussi à tout ce qui a pu te manquer au cours du voyage et passé ce moment là tu t'aperçois qu'en fait chacun a continué sa vie et c'est bien normal et toi tu dois raccrocher les wagons si tu veux et t'as vécu tout un tas de choses qui s'accumulent dans ton esprit t'as du mal à le formaliser vraiment à le communiquer aux autres c'est très compliqué de raconter son voyage et en particulier à des gens qui sont pas forcément de demandeurs ou qui s'intéressent pas vraiment au vélo ou qui ne s'intéresse pas à la destination que tu as pu visiter.

Et donc, tu gardes un peu ça pour toi. Et voilà, si tu ne l'as pas anticipé, ça peut être un moment assez difficile. Donc, il faut vraiment y penser et se dire que le voyage, c'est sur un temps limité et ensuite envisager la suite. J'imagine que c'est ce qui motive aussi, c'est ce choc face auquel tu es confronté qui te pousse à envisager très vite le voyage suivant, non ? Alors après, en fait, un second voyage complètement à contre-pied et qui est mûri justement, qui est vraiment né de ce premier voyage en fin de compte.

J'ai voulu retrouver l'état d'esprit que j'avais rencontré sur les pistes en Afrique, mais en restant chez moi, parce que je n'avais plus la possibilité de partir pendant un an et demi, je n'avais pas plus les moyens, pas le temps suffisant. Et je me suis dit, est-ce que simplement en partant à côté de chez toi, tu peux arriver à renouer en gros avec l'esprit d'aventure ? Et je me suis dit, tu ouvres ta fenêtre et tu cibles ton itinéraire comme ça en regardant par la fenêtre.

J'habite à Lyon depuis ce retour de voyage en Afrique, donc ça fait dix ans que je suis lyonnais. Et j'ai la chance depuis la Croix-Rousse de voir les contreforts du Jura, le massif central et les Alpes quand c'est dégagé. Et je me suis dit, bingo, c'est ça que tu vas faire. Tu vas faire le tour des montagnes de France et des massifs montagneux majeurs, si tu veux. Et je suis parti sur plusieurs sessions de 15 jours, mais vraiment enchaînés sur un été, si tu veux. Et j'ai fait d'abord Jura-Vosges, ensuite le massif central, les Alpes, et puis après pour une histoire de cohérence nationale avec Adeline, ma compagne, on a fait la traversée des Pyrénées, on ne voit pas les Pyrénées depuis longtemps, je vous rassure, mais bon voilà, c'était pour donner une cohérence globale au projet.

Et du coup, ça faisait 6000 kilomètres, en restant toujours plus ou moins à proximité de chez moi, voilà, proximité, tout ça va être toujours très relatif, mais en restant en France en tout cas, Et je me suis aperçu qu'en fin de compte, l'aventure, ce n'était vraiment pas une histoire de distance ou de kilomètres, mais c'est vraiment une histoire de regard que tu jettes sur le monde. Et tu peux la vivre très simplement en restant très proche de chez toi.

Et je rebondis un peu sur l'histoire du confinement aujourd'hui. Tu peux même, si tu pousses la logique à l'extrême, dans ton périmètre de rayon d'un kilomètre, tu peux aussi t'inventer des aventures, j'imagine, simplement en empruntant des axes un peu différents. et en regardant les choses avec un autre regard, en t'intéressant à l'histoire des choses, qui sont les gens qui sont passés là auparavant, trouver une petite thématique un peu originale.

Et là, a priori, à partir du 11 mai, on va avoir la possibilité d'élargir un peu notre terrain de jeu. Et sur 100 kilomètres, je pense que c'est une contrainte, certes, mais on peut la prendre comme une sorte de petit défi, s'inventer tout un tas de périples assez sympas. Quelquefois, on connaît presque moins bien son quartier que certaines personnes extérieures. Oui, mais je comprends tout à fait ce que tu veux dire parce qu'en fin de compte, quand on est chez soi, on n'a pas le regard du voyageur ou même le regard simplement du touriste.

Le mot, il est peut-être un peu galvaudé, il a maintenant une connotation un peu négative, mais en fin de compte, c'est ça. Quand tu fais du tourisme, tu vas faire l'inventaire des choses que tu vois, tu vas t'y intéresser beaucoup plus que quand tu habites à un endroit où tu finis par plus voir ce qu'il y a sur le pas de ta porte. Les Parisiens ne regardent plus la tour Eiffel. Nous, ici à Lyon, on passe devant Fourvière sans lui accorder un regard.

Et en fin de compte, à partir du moment où tu commences à t'intéresser en détail à toutes ces choses-là, qui sont les richesses qui t'entourent, tu vas en trouver des nouvelles ou alors tu vas trouver une autre façon de t'intéresser à l'histoire de tel ou tel monument ou de tel ou tel parc que tu ne connaissais pas. Ou alors tu vas dire, tiens, aujourd'hui, je vais faire une petite boucle autour de chez moi en faisant les plus beaux panoramas ou simplement tu te trouvais un petit fil rouge en disant tiens je vais aller faire le tour de toutes les petites boulangeries un peu sans peinture donc il y a plein de manières en fait d'aborder les choses mais il faut retrouver un petit peu le regard du voyageur de l'explorateur entre guillemets mais en ouvrant sa porte c'est complètement dans la mouvance je sais pas si tu connais de la micro aventure avec des acteurs comme Chiloé c'est exactement ça Exactement, c'est s'apercevoir en fin de compte que l'exotisme, le dépaysement, il ne se nourrit pas forcément de terres lointaines et tout ça.

Et d'ailleurs, c'est vraiment d'actualité. Je pense qu'aujourd'hui, passé cette crise du coronavirus, on est plus globalement dans une crise environnementale sans précédent. Et il va falloir de plus en plus s'intéresser à ces concepts-là qui sont une solution pour faire perdurer ce qui nous motive, ce qui nous donne l'envie de partir, sans toutes les externalités négatives, pollution, des voyages en avion et tout ça.

Du coup, malgré ça, tu as quand même préparé un autre grand voyage assez loin ? Alors en fait, le dernier voyage, le dernier grand voyage en date, parce qu'on en fait d'autres, des plus petits, qui sont justement des voyages de proximité le dernier grand voyage en date c'est en Amérique du Nord alors un voyage en fait qui s'est décidé assez naturellement et qui fait en fait c'est le prolongement de nos voyages précédents à chaque fois qu'on est à une période charnière un petit peu de notre existence on choisit de partir à vélo parce que comme je le disais tout à l'heure le vélo c'est un bon moyen de faire travailler les gens mais c'est aussi un bon moyen de faire travailler l'esprit de prendre du recul et je sais pas d'assainir un petit peu ses pensées et de prendre les bonnes décisions et en fin de compte on a eu un enfant on a un petit garçon qui s'appelle Axel qui est né en 2015 et on s'est dit de toute façon on va le laisser grandir un petit peu et on partira avec lui pour essayer de s'inventer une vie de famille s'inventer une vie à trois dans un contexte un peu particulier qui voilà celui d'Amérique du Nord et des montagnes rocheuses mais on avait envie de prendre du temps pour nous et de vivre une sorte de voilà d'expérimentation un peu de clostration volontaire à trois dans la nature pour apprendre à se découvrir et à se connaître et à fonder une famille.

Donc vous avez fait ce qu'on appelle la Great Divide. Exactement, voilà. Et on a jeté notre dévelu sur cet itinéraire-là qui est un itinéraire qui me fait rêver depuis pas mal de temps en fin de compte.

Je l'ai découvert en regardant le film qui s'appelle Ride the Divide qui est un film en fait sur le Tour Divide qui est une épreuve d'ultracyclisme et qui emprunte cette fameuse piste qui traverse les montagnes rocheuses donc la dorsale des Etats-Unis de la ville de Bantes en Alberta jusqu'à la frontière mexicaine ça fait 4500 kilomètres c'est un itinéraire de montagne 90% quasiment de pistes alors souvent de la bonne piste du gravel mais aussi des singles du terrain un petit peu plus technique et voilà c'était un défi pour nous parce que le faire avec un enfant déjà il y avait sur le plan matériel tout un tas de réflexions à mener pour savoir comment est-ce qu'on allait pouvoir le faire passer dans cet environnement un petit peu particulier et puis en même temps c'était aussi Renouez-moi avec mes rêves de gamins de Jack London de Coeur des Bois, de Chercheur d'Or tout ce qui peut animer ton imaginaire quand t'as une douzaine d'années donc là on est dans une typologie de voyage complètement différente de l'Afrique ou finalement c'est assez proche ?

Alors, non, c'est quand même assez différent parce qu'en fin de compte, contrairement peut-être à ce qu'on pourrait penser, en Afrique, on n'est jamais isolé ou très rarement isolé, à part dans certaines régions, par exemple, lors de la traversée du Sahara. C'est un peu le contre-exemple. Mais sinon, il y a souvent du monde, on est rarement seul. Sur la Great Divide, c'est l'inverse. Là, pour le coup, on traverse des régions qui sont extrêmement reculées. Ce sont des territoires montagneux, ruraux de l'ouest des États-Unis où la population, la densité de population est très faible.

Le Wyoming, c'est l'état des États-Unis où la densité est la plus faible. Donc, on est parfois à des journées entières sans croiser personne, jusqu'à 3, 4, 5 jours maximum, nous, sans croiser de points de ravitaillement. Donc, c'est une autre logique où là, on est vraiment dans la recherche d'autonomie et puis, une sorte de... Alors, c'est un peu égoïste, en fait, cette démarche, mais de vouloir se retrouver seul dans la nature.

Je ne sais pas si tu vois ce que je veux dire, mais c'est un peu chercher à exister par rapport au monde, à montrer qu'on est au centre du monde en quelque sorte. Donc, il y a un peu une idée d'égotrip, mais je n'ai rien contre ce mot d'égoïsme en fin de compte parce qu'il y a beaucoup de choses qu'on entreprend qui émanent de ça à la base. Mais voilà, il y a un peu cette recherche. Après, il y a un grand pan de la culture américaine qui justement est basé là-dessus, et Into the Wild.

Exactement. C'est quelque chose que tu recherchais finalement. Oui, oui, complètement. Oui, je te rejoins tout à fait. Moi, c'est vrai que j'aime beaucoup le livre de John Krakauer qui raconte l'histoire de Chris McCandlest. C'est quelque chose qui m'a fait rêver quand j'étais un peu plus jeune. Je n'ai pas poussé l'aventure jusqu'à cet extrême-là, mais il y a un peu une recherche de tête à tête, de face à face avec la nature.

j'en conviens assez égoïste, mais en même temps, ça permet une certaine prise de recul aussi, je pense, et en fin de compte, c'est cette solitude voulue, on est bien d'accord, l'isolement quand il est subi, ça n'a rien à voir avec ça, mais l'ermitage qu'on peut avoir, le voyage à vélo pour moi, c'est une sorte d'ermitage mobile, en tout cas dans ces conditions-là, c'est une sorte de luxe en fin de compte, c'est un peu se payer un luxe aujourd'hui, le fait de pouvoir prendre du recul par rapport à ses semblables, Et c'est un peu cette expérience qu'on voulait, mais à trois, en fin de compte, avec notre petit garçon.

Et ça, tu penses qu'avant le départ, tu en étais conscient ou c'est vraiment quelque chose que tu as réalisé en cours de route ? Non, en fait, je n'étais pas du tout conscient du niveau de difficulté qui nous attendait. Je savais que ça allait être un itinéraire engagé, mais du coup, j'avais eu une connaissance sur le voyage avec un enfant. et je n'imaginais pas que la piste allait être aussi engagée. Ce n'est pas forcément un itinéraire super engagé pour quelqu'un qui est habitué à faire du bikepacking en mode tout terrain, mais quand tu voyages avec un enfant, avec toutes les contraintes matérielles que ça implique, là, il était dans une remorque, c'est une remorque monorou qui est fabriquée par la marque allemande tout terrain.

À ma connaissance, c'est à peu près la seule qui existe sur le marché qui soit monorou, qui est suspendue, qui est très compacte aussi, qui peut passer sur des singles qui peut faire aussi de la descente sur terrain chaoteux avec de la pierre, avec des racines ce genre de choses sans que ça malmène complètement le petit passager à l'intérieur donc c'est du matos qui est vraiment fait pour faire du VTT mais voilà je ne m'attendais quand même pas à ce niveau de difficulté et quand on est parti de Banff en Alberta t'attaques c'est direct le vif du sujet avec des pentes qui sont fortes et on s'est mis à à devoir pousser, pousser, pousser sur des kilomètres au départ.

Et ça nous a un peu découragé. Au final, encore une fois, les organismes se sont habitués, on a trouvé notre rythme. On a appris aussi à plus se focaliser sur le kilométrage quotidien, à se dire, aujourd'hui, on n'a fait que 25 bornes, mais voilà, c'est comme ça. Et en fin de compte, on finit de kilomètre en kilomètre par faire des distances qui sont assez importantes et puis par surmonter des obstacles qu'on n'aurait pas imaginés jusqu'au final à parcourir l'intégralité de cette piste sur plus de 4500 kilomètres et d'aller jusqu'à la frontière mexicaine qui était la fin de ce premier défi parce qu'en fait ça a duré trois mois donc ces 4500 kilomètres Vous vous étiez fixé une durée avant le départ ? En fait on n'avait vraiment pas de contraintes de temps mais par contre la météo t'oublie si tu veux à passer sur un créneau qui va grosso modo de fin mai jusqu'à fin septembre dernier carat parce que comme c'est une trace qui est en altitude qui passe à plus de 3500 mètres par endroit t'as de gros risques de prendre la neige et du coup d'être dérouté et de pas pouvoir faire l'intégralité du parcours donc c'était plutôt ça l'enjeu que le temps parce qu'on avait un visa de 6 mois pour rester aux Etats-Unis donc on était certain qu'en 6 mois on arriverait quand même à parcourir cette distance-là ou alors on aurait complètement changé de projet Il y a un truc qui me donne encore plus envie, c'est que j'ai ton livre, on va en parler de tes ouvrages, et j'ai vu qu'ensuite vous avez enchaîné par le Yucatan, qui est une région que moi personnellement j'adore, et je suis hyper... alors peut-être que je n'ai pas encore fini de lire ton livre, mais je suis presque un peu déçu qu'il n'y ait pas plus sur le Yucatan.

Est-ce que tu peux nous en parler un petit peu de cette région ? Oui, complètement. Alors le Yucatan, c'est une surprise pour nous aussi, parce que quand on a imaginé notre voyage on avait planifié cette Great Divide qui nous faisait vraiment rêver et puis ensuite on avait 2-3 idées mais on n'avait pas du tout pensé à poursuivre notre périple au Mexique et au Yucatan c'est un peu les hasards de la route les concours de circonstances heureux qui nous ont conduit jusque là-bas et le 1er janvier c'était en 2017 maintenant on débarque à Cancun Cancun qui est une ville un petit peu à part c'est le temple du tourisme de masse quand tu voyages à vélo avec un enfant c'est absolument pas le genre d'endroit où tu vas t'épanouir donc on a tracé le plus vite possible de cet endroit là on a pris la fuite et en fin de compte sur 100 bornes jusqu'à Toulouse t'as les hôtels en formule all inclusive qui ont complètement confisqué la côte donc tu peux même pas voir la mer et tout ça et on s'est dit le Yucatan à vélo ça va pas le faire ça va être une galère on va être contraint de rouler sur des axes qui sont fréquentés et avec aucune possibilité de vraiment profiter de l'environnement et de voyager comme on a l'habitude de le faire.

Et en fin de compte, le miracle s'opère après Touloum. Quand on continue vers le sud, en longeant la mer des Caraïbes, on a la possibilité de longer la côte par une réserve qui s'appelle la réserve du Sian Khan. Je ne veux pas prononcer correctement, mais c'est situé au sud de Touloum et ça emmène grosso modo jusqu'à Bacala. Et là, on se retrouve sur des pistes, en fin de compte, en pleine nature, dans la jungle, avec des singes, avec des serpents, donc beaucoup plus ce qu'on recherchait, nous, comme type d'expérience, et plus de rencontres, d'ailleurs, avec des pêcheurs, des gens qui nous ont permis de franchir des bras de mangroves avec des bateaux, et tout ça, et en fin de compte, tout au long du... On a fait le tour de la péninsule du Yucatan, sur un peu plus de 3000 kilomètres, pendant trois mois, et on a réussi quasiment à chaque fois, en fait, à trouver un itinéraire bis elle se détournait de l'itinéraire touristique le plus fréquenté tout en s'offrant quand même quelques visites un peu incontournables certains temples maya, je pense à Chichen Itza, c'était au final loin d'être notre préféré mais bon comme il figure parmi les guides on ne voulait pas le rater mais on en a découvert plein d'autres en fait qui étaient complètement à l'écart des circuits touristiques et qui valent également le détour et c'est un petit peu aussi comment l'intérêt de voyager à vélo c'est que ça emmène dans des endroits qui sont justement complètement où tu ne te rendrais pas si tu étais dans un véhicule.

Donc, voilà. Et on a fait aussi une incursion au Chiapas et tout ça. Et ça a été vraiment la bonne surprise de notre voyage. Avec des cénotés presque privatifs. J'ai vu des photos. Exactement, ouais. Alors, les cénotés, tu peux peut-être expliquer ce que c'est ? Ouais, alors, je ne sais pas s'il y en a qui connaissent le terme doline, mais en gros, c'est un effondrement qui a... C'est une sorte de gouffre dans lequel il y a de l'eau. Au Yucatan, en général, l'eau est autour de 25 degrés et donc on peut la plupart du temps se baigner, descendre jusqu'au fond et se baigner.

Et c'est absolument fabuleux. Il y a un petit goût de paradis quand même dans ce type d'expérience-là. Et voilà, cette région du Mexique, on l'a trouvée particulièrement riche parce que c'est à la fois un héritage culturel, historique absolument fabuleux, avec tout l'héritage du monde maya, des paysages à couper le souffle, des plages, j'avais rarement vu des plages aussi fabuleuse que le lagon de Bacala sur toute la côte carabie c'est absolument magnifique au Chiapas c'est aussi toute une culture qui est vraiment super intéressante à découvrir et voilà les cénotes sur le nord de la région c'est vraiment une destination complète on a même eu la possibilité parce que la seule chose qui m'a manqué au départ c'est le relief en fait, le Yucatan c'est extrêmement plein. Ouais j'allais te dire c'est une c'est une itinéraire plus chill c'est ça et en fin de compte moi j'aime bien un peu quand même l'engagement physique ça fait partie aussi de l'expérience complète quand tu voyages à vélo et le fait que ça soit tout le temps plat ça gâche un petit peu le plaisir mais pour moi c'est un peu plus monotone en termes de paysages plus monotone et pour le coup effectivement il y a des sites qui sont absolument fabuleux mais souvent entre les sites tu dois parcourir quelques dizaines centaines de kilomètres dans des zones un peu desséchées ont pas forcément d'intérêt mais à chaque fois t'es récompensé il y a soit une baignade absolument fabuleuse à l'arrivée ou un lagon avec des couleurs incroyables ou une rencontre un peu sympa donc t'es toujours récompensé de tes efforts des villages hyper typiques des villages typiques c'est absolument fabuleux et du coup le Chiapas ça a permis justement de mettre un petit peu de relief sur cet univers totalement plat et on a même eu la possibilité en fait moi j'étais frustré par un truc, c'est que j'avais rêvé des volcans qui à proximité plus de Mexico en fin de compte et malheureusement sur cette région-là je voyais pas trop de volcans et je me suis un peu renseigné j'ai tapé ça sur une recherche Google tout basiquement et en fin de compte je me suis aperçu qu'il existait quand même un volcan au Chiapas pas culminant à 5000 mètres d'altitude comme ses voisins du Nord mais qui fait un petit peu plus de 1000 mètres d'altitude et surtout qui a l'intérêt d'être complètement à l'écart là pour le coup des circuits touristiques, c'est pas dans le guide du routard ni dans le Lonely Planet et du coup il y a eu toute une préparation pour accéder à cet endroit, on avait assez peu d'informations à part 2 ou 3 blogs de voyageurs américains et ça a été une expérience vraiment super chouette de pouvoir grimper déjà jusqu'au pied du volcan à vélo et puis ensuite de poursuivre notre randonnée avec Axel sur le dos et de monter jusqu'au cratère et là de se faire une baignade dans le lac du cratère, c'était assez chouette. Le volcan s'appelle El Fichonal, c'est un volcan qui est rentré en éruption en 1982 et qui a fait énormément de dégâts à l'époque.

Mais aujourd'hui, il est un peu tombé dans l'oubli et pourtant, c'est vraiment une expérience assez incroyable de randonner jusqu'à cet endroit. Alors, tu parlais tout à l'heure de sécurité. À l'instant, tu parlais de zones touristiques. Je connais énormément de voyageurs, alors je ne sais pas si c'est ton cas, qui justement, qui évite le Mexique, qu'il zappe souvent dans une traversée des Etats-Unis, des Amériques, pardon. Et est-ce que toi, tu as ressenti là-bas, au Mexique, quelque danger ?

Non, alors, je pense qu'il faut vraiment considérer la péninsule du Yucatan comme étant à part du reste du pays. Nous, on n'a vraiment pas ressenti de tension. C'est une zone qui est vraiment très touristique, dont l'économie est dépendante justement du tourisme. Donc, les autorités sont assez vigilantes justement à ce que tout se passe bien pour les touristes. Le Chiapas, c'est un petit peu différent en fin de compte où là, pour le coup, il y a peut-être plus de risques.

D'ailleurs, malheureusement, sur la route qui mène à San Cristobal, je crois qu'il y a deux ans, il y a deux voyageurs à vélo qui ont été tués. Je ne connais pas les détails de l'affaire donc je ne vais pas en dire plus mais bon voilà, c'est malheureusement quelque chose qui peut se produire. Après, ce type d'accident, pour le coup, je pense que ce n'était pas un accident mais ça peut arriver ça peut arriver partout donc il ne faut pas non plus sombrer dans une paranoïa complète mais c'est une certitude qu'il y a certaines régions du Mexique qu'il faut mieux éviter ou en tout cas se renseigner vraiment à l'avance à la fois sur avec des sources qui soient fiables sur le terrain en fin de compte et essayer de recroiser vraiment ces informations avant de faire n'importe quoi mais il y a des endroits où on peut pédaler au Mexique la paix d'un sud du Yucatan je viens de la cité mais il y a aussi toute la Barra Divide qui est de plus en plus réputée il y a Lyle Wilcox en fait qui a publié il me semble une trace qui est une cycliste d'ultra distance très célèbre exactement qui a le record justement de la traversée de la Great Divide je ne voudrais pas dire de bêtises mais elle l'a fait beaucoup plus rapidement que nous en une grosse quinzaine de jours je pense un jour à tout casser donc voilà en tout cas il existe vraiment des traces qui sont super sympas au Mexique et c'est dommage de passer ce pays pour continuer son périple en Amérique sans en profiter.

Surtout qu'on y mange tellement bien mais on va y revenir un peu plus tard à la question de la bouffe parce que tu peux demander à tous les gens qui me connaissent c'est un sujet central. Et du coup après ça vous vous êtes dit on ne va pas s'arrêter là vous partez pour Cuba. Ouais voilà, en fait on avait une année donc le voyage se termine on a bouclé la boucle au Yucatan et Cuba c'était une envie qu'on avait depuis assez longtemps et puis il y avait une sorte de de rengaine que les gens se rinaient du style ouais Cuba faut y aller maintenant parce qu'après le pays va s'ouvrir ça va perdre de son charme et tout ça je trouve toujours ça assez étonnant comme point de vue parce que on a un peu l'impression qu'il faut à tout prix maintenir le pays sous cloche pour faire plaisir au tourisme, au touriste et pour qu'il puisse trouver l'exotisme auquel ils s'attendent Et du coup, ça nous intriguait un petit peu quand même d'aller découvrir ce pays-là.

Et ça a été à la fois une chouette expérience et en même temps, ça a été assez déconcertant par pas mal d'aspects.

Le pays, en fait, se prête assez mal au voyage indépendant de manière générale et au voyage à vélo en particulier de manière indépendante. Pourquoi ? Parce qu'en fait, pour dormir, Tu es dépendant d'un système de chambre d'hôte officielle qui s'appelle les casas particolas. Et en fin de compte, en tant que touriste étranger, tu ne peux pas camper librement et tu ne peux pas aller demander l'hospitalité à n'importe quel habitant de Cuba que tu peux rencontrer.

Il te refusera d'accéder à sa maison, pas parce qu'il n'a pas envie de t'accueillir, mais souvent parce que ce n'est pas autorisé et qu'il ne va pas prendre le risque de se mettre dans l'illégalité. Donc, quand tu voyages à vélo, c'est assez rapidement problématique parce que ces casas particulières, elles existent uniquement dans les centres touristiques qui sont à Cuba quand même relativement nombreux. Mais à vélo, forcément, des fois, tu as des tronçons de 200 kilomètres où tu es dans des zones plus rurales, agricoles ou même industrielles où aucun touriste ne va habituellement.

Et nous, on s'est retrouvés dans cette situation sans avoir d'endroit pour pouvoir dormir. Donc, un soir comme ça, on découvre un petit peu la réalité des choses en disant que tout le monde nous claquait la porte au nez, alors pas du tout de manière agressive, bien au contraire, les gens étaient vraiment désolés de ne pas pouvoir nous accueillir. Mais du coup, on a fini par trouver une solution assez amusante. C'est qu'on a fini pour nous indiquer des sortes d'établissements, c'est des maisons particulières des maisons privées qui sont en fait une sorte de alors c'est pas franchement des maisons closes mais en tout cas c'est un petit peu cette fonction là c'est que ça permet d'accueillir les ébats des couples illégitimes ou même légitimes pour certains mais des jeunes en particulier qui n'ont pas d'endroit pour se retrouver de manière plus intime ils viennent dans ces endroits là pour pouvoir faire leur affaire si je puis dire et nous de notre côté on débarquait avec notre vélo avec Axel dans la remorque donc c'était complètement hors contexte si tu veux mais c'était la seule solution pour passer la nuit au début les Gannes voulaient nous louer les chambres à l'heure tu vois et on nous dit non mais en fait on aimerait bien passer toute la nuit si c'est possible donc on a négocié les tarifs et tout et puis ils ont absolument vu aucun souci à nous ouvrir la porte et c'était assez original tu vois on dormait à l'intérieur t'avais boule à facette musique d'ambiance et tout c'était assez amusant et de tous ces voyages alors j'en parlais tout à l'heure t'es revenu avec plusieurs ouvrages c'est ce que tu nous disais en introduction t'es à la fois auteur aussi bien journaliste qu'auteur j'en ai un dans les mains prends ma roue c'est le dernier que tu as écrit aux éditions Vasco moi franchement je ne peux que le conseiller c'est superbement écrit j'adore ta plume vraiment est-ce que donc j'imagine que c'est quelque chose à écrire des livres que tu alors la question qu'on se pose en fait c'est est-ce qu'en voyage tu as le temps comme ça de te poser, d'écrire ou est-ce que c'est quelque chose que tu fais après en revenant tu fais aussi de très très belles photos là dessus pareil c'est quelque chose absolument à voir comment ça s'organise pour toi j'imagine que ton expérience de journaliste a beaucoup pédé ouais je pense avoir cette culture là, cette culture de la prise de notes surtout sur l'instant, elle est assez importante parce que je me suis aperçu d'un truc, c'est que si tu t'astreins pas vraiment à tenir un carnet de bord quotidiennement si c'est possible, tu vas oublier les choses ou en tout cas tu vas les confondre, les mélanger parce que c'est une réalité, parfois il y a une certaine routine qui s'installe sur la route et les lieux s'imbriquent, se mélangent et tu perds aussi un peu ton rapport au temps, tout ça devient une sorte de continuité qui s'étend indéfiniment et tu sais plus trop où t'en es donc si tu tiens pas des notes régulièrement tu vas avoir un gros problème au moment de rassembler tout ça pour en faire un récit un peu plus construit donc moi chaque jour en général après le repas avant de m'endormir, j'essaye de consigner sur un carnet les moments forts de la journée ça sert à rien d'écrire, je me suis levé à 6h30 j'ai pris mon petit déjeuner, ça c'est des choses que tu fais tout le temps, ça n'a pas d'intérêt mais si t'as une rencontre qui sort un peu de l'ordinaire une anecdote une pensée qui t'est venue bah voilà je la note et même ce que je fais régulièrement c'est qu'en cours de journée quand je suis sur mon vélo et que je suis traversé par une pensée qui me paraît assez lumineuse et je trouve que le vélo est vraiment propice à faire émerger ce genre d'idée là bah je la note dans mon carnet parce que je sais que sinon c'est foutu elle va m'échapper et après ça va créer une frustration terrible de ne pas pouvoir la récupérer donc voilà pour ce qui est de consigner et puis de rapporter de la matière pour ensuite en faire quelque chose de plus construit.

Et en fait, le travail, vraiment, tu rassembles les choses, tu rassembles le contenu, il se fait vraiment sur le terrain, et après, tu vas le synthétiser, puis lui trouver un angle et le modeler, en quelque sorte, une fois que tu es de retour chez toi. Et voilà. Et on a du temps comme ça, on voyage à vélo ? Comment sont remplis tes journées ? Est-ce que vous accordez le temps pour flâner, pour vous poser, je n'en sais rien, au pied d'un arbre, plusieurs heures ?

Ou est-ce que, malgré tout, c'est quand même la route qui occupe le plus clair du temps ? Oui, la route occupe beaucoup de temps. Après, avec un enfant, en fait, on est contraint d'adopter un rythme un peu différent. C'est-à-dire que quand tu voyages seul, moi, je sais qu'en solitaire, je peux pédaler 12 heures par jour. Bon, ça ne va pas me déranger. Je vais même y trouver une certaine forme de plaisir. Après, quand tu es plusieurs, il faut que tu t'adaptes au rythme de l'autre. Et en particulier, quand c'est un enfant, lui, il n'est absolument pas question de lui imposer ce rythme-là, donc on essayait justement d'être à l'écoute de ses besoins et on pédalait grosso modo deux heures maximum d'affilée et pas plus, à peu près deux heures le matin et une heure et demie, deux heures aussi l'après-midi, donc ça nous permettait de nous ménager quand même pas mal de moments de pause mais c'est des moments qui sont quand même bien remplis, il se passe toujours quelque chose, il y a toujours quelque chose à faire donc tu me posais la question de savoir si on a le temps de consigner, non on a vraiment pas le temps et c'est pour ça que c'est un effort en fait de le faire parce que si tu t'obliges pas à le faire tu vas accumuler des pages de retard et tu vas rater pas mal de choses mais si tu veux enfin à mon avis si tu veux écrire un livre et en rapporter quelque chose par la suite il faut que tu t'astreignes à cet exercice là mais même si le temps est vraiment te file entre les doigts t'as journée de voyageur à vélo où tu pédales et après t'as journée de parent une fois que t'arrives où il faut dresser le bivouac il faut donner faire les soins du quotidien préparer à manger tout ça donc t'as vraiment pas le temps de t'ennuyer c'est aussi ça qui fait la richesse du voyage à vélo quelque part et c'est la même chose pour les photos parce que moi qui suis photographe je sais que ça prend du temps il faut être parfois patient comment ça se conjugue avec le voyage à vélo ?

alors ouais les photos c'est encore pire parce que quand t'es seul en fin de compte et si c'est vraiment ta passion et si tu as entrepris le voyage comme une sorte de support justement photographique Et d'ailleurs, je ne sais pas si tu vas me rejoindre, mais je trouve que la route en elle-même, c'est vraiment un objet esthétique, photographique, qui est vraiment intéressant à photographier. C'est absolument incroyable pour moi.

Mais ce qui est difficile quand tu es plusieurs, c'est que cette passion-là, les autres ne la partagent pas forcément. Au sein de la famille, c'est clairement une source de tension. Je m'explique. En plus, nous, on a fait un peu de vidéos aussi pour amener aussi des petits souvenirs de ce côté-là. Et à chaque fois, si tu veux te mettre en scène dans le paysage, il y a toujours une petite phase où tu dois t'arrêter, sortir ton matos.

Donc, ça veut dire poser ta caméra sur un trépied ou ton appareil photo sur un trépied, choisir ton angle de vue, faire ton cadre et tout ça. Et puis après, tu passes dedans et puis tu essayes d'être plus ou moins bien dans le cadre. tout ça, ça demande du temps. Quand ça se fait en plein milieu de ton effort et tout ça, que tu coupes à un moment où l'autre était en train de penser à autre chose, tu lui tues un peu son plaisir aussi.

Donc, c'est vraiment une histoire d'équilibre, tout ça, de produire du contenu en route. Si tu es avec des gens qui ne partagent pas cette passion-là, il faut être vraiment à leur écoute parce que c'est une source de tension, c'est sûr. Ça, je ne dirais pas le contraire. Moi, je suis parti en voyage avec des gens, justement, dans un projet de livre. Et là, c'est pire, c'est que tu te greffes au voyage de quelqu'un d'autre et tu arrives comme ça où tu dois trouver, finalement, des subterfuges pour... Moi, j'ai appris à faire les photos encore...

Enfin, en restant sur le vélo, tu vois, c'est pour te donner une idée. Ouais, ouais, je vois ce que tu veux dire. Et parfois, tu suis des gens... Tu vois, je pense à Maxime Barra, mais même Jeanne Lepoix, qui ont quand même un sacré coup de pédale. Donc, il faut non seulement faire la photo, mais il faut aussi suivre ces gens là cravacher pour rattraper après non c'est vraiment pas évident du tout c'est vrai que c'est vouloir rapporter enfin un ouvrage photographique ou un film ou un livre dans une moindre mesure parce que ça demande quand même moins d'arrêt disons que le livre c'est des pensées que tu vas consigner mais la photo ou le film le film je pense que c'est peut-être encore pire parce que tu refais la prise plusieurs fois et puis tu t'aperçois que t'es pas passé au bon endroit ou alors il y a un mec qui passe en bagnole juste à ce moment là enfin il y a toujours tout un tas de contraintes extérieures que tu ne maîtrises pas et voilà si tu n'es pas sur la même longueur d'onde c'est assez problématique et en même temps même sur le plan personnel jusqu'où en fin de compte il faut que le désir de rapporter des photos il prenne le pas sur ton voyage et sur l'instant présent en fait le fait de savourer ton... parce que comme je le disais tout à l'heure il y a toujours un minimum de mise en scène quand tu veux te photographier en tout cas toi-même c'est différent quand tu vas faire un reportage et que tu suis quelqu'un mais quand tu veux te photographier toi-même dans un environnement de pays particulier il y a toujours une mise en scène derrière ça justement on va en parler parce que ma question c'est est-ce que ce projet de livre tu l'avais avant le départ est-ce que tu je vois que tu as des sponsors est-ce que tu tu savais que tu allais tu devais produire quelque chose en fait ouais je devais produire quelque chose mais je m'y étais engagé alors le livre après il a pris forme vraiment pendant le voyage je ne savais pas vraiment si j'allais rapporter simplement un récit comme j'avais l'habitude de faire donc qui ne nécessitait pas forcément une sélection de photos ou alors si j'allais laisser place à l'image et l'esthétisme des paysages des rocheuses m'a dicté le format du livre je voulais vraiment ensuite laisser une place à l'image en plus du récit et faire un objet un petit peu différent de ce qui se fait habituellement qui soit un peu hybride entre un magazine et un livre un livre de voyage traditionnel donc tout ça c'est venu en cours de route mais voilà ça a été tout le temps une histoire de trouver le bon équilibre entre vivre notre expérience familiale parce que c'était quand même l'objet premier de ce périple et en même temps rapporter quelque chose derrière qui puisse à la fois être un souvenir parce que quelque part je l'ai aussi fait pour Axel, notre fils dans ma tête il y avait Axel à 15 ou à 20 ans quand il aura la possibilité de se replonger dans cette histoire-là et de découvrir vraiment ce qu'on a dû faire.

Il a une très belle page qui lui est dédiée à la fin, d'ailleurs. Voilà, exactement. C'était un peu dans cette légique-là que j'ai conclu le livre. Donc voilà, c'était à la fois adressé... Prends ma roue, en fait, c'était une formule que je lui ai adressée à lui et en même temps à tous les lecteurs qui rêvent un peu de voyage à vélo qui n'osent pas forcément prendre la route parce que tout le monde a tout un tas de bonnes raisons de ne pas partir. Et souvent, une raison que j'entends, c'est ouais mais nous non on peut pas avec les enfants non c'est pas possible c'est pas envisageable le bébé il est tout petit c'est pas possible et bon voilà quand tu t'organises que tu te renseignes un petit peu que t'arrives à surmonter tes propres peurs en osant t'arrives à faire des trucs un peu hors du commun en parlant d'autres peurs justement il y a des sujets par rapport au voyage à vélo moi qui me fascine dans ton livre c'est les rencontres avec les animaux par exemple et j'ai vu que vous avez pu vous rapprochez de Bison notamment ?

Ouais ouais carrément alors ça c'est dans un cadre un peu particulier c'est dans le parc national de Yellowstone au Wyoming le plus ancien parc national des Etats-Unis qui est un endroit absolument fabuleux en particulier quand tu le découvres à vélo parce que pour nous ça a été aussi à la fois d'abord été une désillusion et on l'a découvert véritablement grâce au vélo parce qu'en fin de compte il y a 4 millions de visiteurs par an et ce territoire qu'on imaginait totalement sauvage et en fin de compte il est en certains endroits mais il est aussi, il y a certaines routes où t'as des embouteillages pour accéder aussi aux sites les plus emblématiques genre le Grand Prismatique, t'as une foule incroyable et en fin de compte il faut réserver à l'avance pour pouvoir dormir et tout ça et en fin de compte le vélo ça te permet d'échapper à tout ça et d'ailleurs c'est vrai dans le parc national de Yellowstone mais c'est vrai dans plein d'autres contextes, c'est vrai quand tu te déplaces en ville et tout ça et là du coup on accédait au site sans faire la queue on avait la possibilité d'emprunter des pistes aussi où on était à l'écart et surtout il y a en plus, c'est quelque chose qu'il faut vraiment saluer et ça serait pas mal si cette initiative se reproduisait un petit peu partout ailleurs mais il y a des emplacements de bivouac, de camping qui sont réservés en permanence pour les gens qui voyagent à vélo ou qui voyagent en randonnée pédestre en fin de compte, donc t'as pas à te soucier de savoir si tu vas pouvoir dormir quelque part le soir ou pas, t'auras toujours un espace qui sera réservé et ça je trouve ça plutôt cool. Et du coup moi il faut que je parle de bouffe c'est quelque chose qui a compté pour toi la bouffe en voyage ?

totalement franchement je te rejoins complètement le fait de pédaler ça ouvre l'appétit c'est pas une légende et tu consommes tellement de calories dans la journée que t'as vraiment besoin de manger énormément et puis ça fait partie des petits plaisirs aussi et puis même c'est aussi une manière de découvrir les cultures que tu visites c'est vrai en France d'ailleurs aussi ça peut être un prétexte moi je rêve de m'imaginer des itinéraires avec un fil rouge gastronomique genre le tour de la praline en partant de Lyon, en allant à Rouen il y a vraiment plein de trucs à imaginer donc ouais ça fait vraiment aussi partie de mes préoccupations sur la route et des anecdotes avec la bouffe ouais j'en ai pas mal dans le Sahara en particulier où là on est contraint sur à peu près 3 semaines de traversée enfin notre rythme ça a duré grosso modo 3 semaines sur cet espace qui est vraiment isolé dans le Sahara Occidental et en Mauritanie où là on mange simplement du pain grosso modo et de l'huile d'olive et quand t'as de la chance tu trouves une boîte avec du thon et en fin de compte c'est répétitif et c'est complètement à l'opposé de notre gastronomie française qui est foisonnante et tout ça et on en venait en fait à passer les journées à parler de bouffe à tel point que ça en devenait une obsession et en fin de compte moi je pensais qu'il y a un truc c'était un resto chinois que je connaissais à Nouadibou qui est la première ville quand tu arrives en Mauritanie et c'était le seul truc qui m'animait je voyais ce resto chinois et du coup ça a été ma grande victoire une fois cette traversée terminée d'aller me poser pour manger chinois à Nouadibou qui est assez insolite mais effectivement même sur la Great Divide où on est dans des zones très reculées le ravitaillement c'est toujours une problématique Aux Etats-Unis, ce n'est pas toujours facile de se procurer de la nourriture qui soit vraiment variée aussi.

Souvent, c'est la nourriture de station service, de la junk food, des snacks. Et d'ailleurs, on s'est aperçu que les voyageurs américains à vélo n'avaient pas du tout la même philosophie que nous. En fait, il y en a très peu qui se trimballent avec tout le matos. Nous, c'est vrai qu'on a le réchaud, la popote et on aime bien se faire un vrai repas le soir, un repas chaud. Et la plupart des gens qu'on croisait, ils bouffaient tout au long de la journée. Ils avalaient des sneakers, ils avalaient des noix, des morceaux de chocolat et tout ça.

Ils avaient un apport calorique régulier toute la journée, mais ils n'avaient pas cette dimension de plaisir de cuisiner un truc le soir et puis de manger chaud, d'avoir le moment de convivialité aussi autour de la popote. Et ça nous a un peu surpris que tout le monde n'ait pas forcément ce même rapport à la bouffe. Le comble du bikepacker, c'est quand même d'emmener une cafetière avec soi. Ouais, mais j'en connais pas mal qui font ça. Je lève la main.

ouais non mais franchement je comprends tout à fait moi je suis pas très café mais si j'avais disons un objet tu vois un peu insolite un truc à emporter qui soit inutile ça serait ouais quelque chose pour préparer à bouffer genre une poêle pour faire des vraies crêpes ou des pancakes un truc un peu ah j'ai vu c'est quelque chose que tu as tiens tu me fais rebondir sur ton livre c'est quelque chose que tu as listé comme ça les choses inutiles à emporter en voyage je crois c'est génial comme idée ouais c'est inutile mais il y a toujours une comment dire il y a toujours une raison fondamentale pour l'emporter si tu veux quoi genre le gars qui joue de la musique il partira jamais alors évidemment c'est un piano à queue c'est compliqué mais si tu tu joues de la musique je sais pas tu vas trouver un harmonica tu vas trouver un truc pour essayer de de continuer à pouvoir pratiquer ta passion et je comprends ça ouais je comprends vraiment qu'on puisse emporter des objets complètement incongrus et en fin de compte encore une fois et même si tu t'en sers qu'une fois au final t'es content de l'avoir traité mais ouais carrément t'es content il a fait le voyage avec toi et souvent d'ailleurs c'est encore une manière de susciter la curiosité et ça appelle des histoires et je crois que en fait si tu pars avant toute chose c'est quand même pour t'écrire ton histoire personnelle ton roman personnel c'est encore une fois assez égoïste ce que je raconte mais il y a un peu de ça si tu as envie d'écrire une histoire qui t'appartienne et voilà et le fait de mettre des éléments comme ça qui sont propres à ton identité c'est aussi assez naturel en fin de compte du coup c'était quoi toi ton objet inutile indispensable indispensablement inutile notre enfant je sais pas je déconne mais alors pour le coup cette fois-ci j'avais pas vraiment d'objet d'objet insolite en fait on a eu de la chance de trouver des trucs on a trouvé des guitares dans des cabas on a trouvé des petits objets qui pouvaient servir de jeu pour accès à la droite à gauche en fait on a un petit peu fait les collectionneurs si tu veux on a ramassé plein d'objets genre des couteaux je me suis mis à collectionner tous les couteaux que je trouvais sur le bord de la route et on en trouve quantité sur la grée de Divide et les américains sont assez fans de couteaux en tout genre et voilà du coup ça me plaisait de les garder et voilà on a trouvé plein de choses des téléphones en fait tu te mets à développer une sorte de regard aiguisé pour scruter les bas côtés si tu veux et tu arrives à trouver des choses qui sont assez impressionnantes. Et aujourd'hui là j'ai vu sur les réseaux sociaux etc tu parles beaucoup, j'imagine que c'est par rapport à la sortie de ton livre, tu parles beaucoup de ce voyage, tu remets beaucoup de photos, vraiment j'invite tout le monde à aller voir ton compte Instagram comment tu t'occupes du coup pendant le confinement ?

Effectivement en fait j'avais pas mal de photos dans mes disques durs qui étaient des photos qui étaient pour certaines inexploitées et je me suis dit qu'à la fois la sortie de mon livre c'était l'opportunité de les diffuser sur les supports des stories Instagram, je trouve que ça s'y prête pas mal pour raconter une histoire comme ça dans la durée avec des petits épisodes chaque jour et en même temps le confinement a accéléré si tu veux cette démarche là où je me suis dit bah ouais c'est l'occasion en fait d'essayer de continuer de voyager par procuration en offrant un petit peu d'images de voyages un peu insolites et c'est une manière de m'occuper sinon je m'occupe alors en dehors des activités d'école et d'éventuel télétravail et autres j'en profite pour essayer de rêver et de planifier je pense que le contexte est vraiment propice à ça à d'autres périples d'autres voyages donc le voyage pour moi il commence à partir du moment où tu ouvres un bouquin et encore mieux à partir du moment où tu déplies une carte la carte c'est ma source d'inspiration je peux passer des heures le nez dans la carte d'ailleurs chaque soir quand je voyage je déplie la carte je regarde l'itinard qu'on a effectué j'essaye de voir ce qu'on va faire le lendemain mon voyage en France je l'ai construit uniquement comme ça avec comme fil rouge grimpé d'école et du coup chaque soir je regardais la carte et je me disais tiens celui-là je vais me le faire, celui-là, celui-là au final j'en ai fait plus de 200 comme ça et voilà le voyage commence vraiment à partir du moment où tu déplies une carte ou je sais pas où tu vas sur Komoot chacun son trip pour planifier son voyage mais l'idée c'est d'essayer d'imaginer des périples pour après le confinement et peut-être si possible dès la fin du mois de mai ou début juin ce sont des périples assez courts, en tout cas des périples de proximité.

Ça nous amène tout naturellement à l'une de mes dernières questions qui est quelle est la première chose que tu auras envie de faire une fois que le confinement sera levé ? Alors, je pense qu'en fait, c'est comme après un voyage au long cours. La première chose dont tu as envie, comme là, on n'a pas été privé de bouffe. La première chose dont tu as envie, c'est de retrouver ta famille, en fin de compte.

Et moi, je suis à Lyon. Ma famille et mes parents sont en région parisienne. Donc, une fois qu'on aura la possibilité, je pense que la première des choses, ce sera de retrouver nos proches, nos amis, les gens qu'on aime et qu'on n'a plus la possibilité de voir. En fait, quand tu pars en voyage, c'est aussi le sacrifice que tu fais, c'est que tu mets de côté tout ton entourage, tous ceux qui comptent pour toi.

Et voilà, je refais encore le parallèle, mais c'est vrai que là aussi, le confinement, c'était un petit peu ça, sauf que malheureusement, ce n'est pas un choix, c'est quelque chose qu'on subit. Donc, raison de plus pour revoir nos proches dès que la situation sanitaire le permettra sans risque, évidemment. Et puis après, la seconde chose, c'est de repartir, de faire du vélo un peu plus loin que dans notre périmètre d'un kilomètre et d'essayer de repartir avec Axel qui a grandi maintenant.

Il aura cinq ans cet été. Donc, en espérant pouvoir bientôt le rendre vraiment pleinement acteur du voyage pour qu'il puisse pédaler avec nous. Tu as des idées déjà ? Oui, dans un premier temps, ce sera franchement des trucs courts et de proximité un peu dans l'esprit de ce qu'on a fait l'année dernière. On est partis pendant les vacances complètement au pied de levée. On s'est inventé un itinéraire vraiment comme ça, à l'arrache. On s'est dit, tiens, on va aller jusqu'à l'océan Atlantique. On a pris le train jusqu'à Clermont parce qu'on avait vraiment peu de temps devant nous.

Et l'idée, c'était de fixer un objectif à la fois pour nous, mais surtout pour Axel. Parce que forcément, à cet âge-là, il te dit, pourquoi on fait ça ? Pourquoi on pédale ? Tu te dis, là, on va voir l'océan. Donc, c'est une réponse simple, concrète, il comprend. Et ça lui fait un objectif à atteindre. Et du coup, on s'est inventé un petit itinéraire par les routes détournées, les chemins en passant par les volcans, le massif du Sensi, et puis le plateau de Millevaches, c'est assez un peu accidenté, c'est assez sympa, et surtout c'est des zones très rurales, avec plein de petites routes sympathiques où tu peux pédaler tranquillement sans le stress de la circulation, et avec un enfant c'est quand même préférable.

Bon écoute, j'aurais vraiment envie de parler de deux heures avec toi tellement que c'est intéressant, mais il faut qu'on conclue parce qu'on explose les quotas, du coup je vais te laisser le mot de la fin pour que tu puisses t'exprimer sur aussi bien ce qui te passe par la tête en ce moment, ou une citation que tu as envie de nous donner, ou quoi que ce soit. D'accord, et bien écoute, en fait je voudrais simplement dire un seul mot, c'est oser, on a parlé tout à l'heure des peurs, des obstacles qui nous empêchent de partir, je pense qu'après l'expérience qu'on a vécue là avec ce confinement, tous ceux qui dans un coin de leur tête avaient cette envie de partir mais sans vraiment la concrétiser je pense que c'est le moment d'y donner une vraie consistance et même si vous avez des enfants, même si vous avez un travail prenant, tout le monde va avoir un tas d'excuses pour ne pas partir, on en parlait tout à l'heure mais osez, essayez simplement sur deux jours, partez un week-end et vous allez vivre cette expérience du voyage à vélo goûtez à une certaine forme de nomadisme mais qui est assez simple en partant à côté de chez soi et vous allez reconsidérer complètement votre espace qui est votre espace familier parce que vous allez le voir sous un angle différent et je pense que vous allez toucher un truc du doigt qui va en appeler d'autres et peut-être ensuite vous partirez un petit peu plus loin.

Merci infiniment Olivier. Encore une fois, c'était passionnant. Merci d'avoir accepté mon invitation. Un grand merci à toi. Un grand merci à toi Laurent. C'était vraiment très agréable d'échanger sur le vélo. Je pense qu'effectivement, on pourrait tenir des heures sur ce sujet.

Bon bah du coup, comme à chaque fois, si vous avez aimé le podcast, n'hésitez pas à vous abonner. Il est disponible à peu près sur toutes les plateformes. N'hésitez pas à mettre des étoiles aussi parce que ça va beaucoup m'aider. Vous pouvez commander le livre d'Olivier et le suivre sur Instagram. Olivier, ton compte Instagram, c'est... Vasco Outdoor. Alors, c'est V-A-S-C-O-U-T-D-2-O-R. Donc, ton livre, c'est Prends-Ma-Rou et je crois qu'il y a un lien en bio de ton compte Instagram.

Ouais, sur Instagram, j'ai un link tree et tu peux trouver, en fait, Tu peux le commander directement par ce biais-là. Voilà, dans la roue, c'est fini pour aujourd'hui. La semaine prochaine, je recevrai Mathieu Thaubert qui vient de lancer le blog Les Rookies et qui viendra nous parler de son carnet à destination des apprentis cyclistes. À la semaine prochaine et d'ici là, portez-vous bien.