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Visuel de l’épisode « Jolie Rouge »
Dans le cadreNº 6

Jolie Rouge

Julien Fritsch

37 minPar Camille Veillard

Notes de l’épisode

Deux semaines avant Noël j’ai passé quelques jours chez un ingénieur-poète, qui fabrique des vélos moitié pièce d’orfèvrerie moitié gros joujou à étrenner dans le gravier.

Après une montée de 20 min sous la neige j’arrive en haut d’une colline, à 5 km au-dessus de Chambéry. Ici, on est à Tire Poil, habitat partagé effervescent et inspiré, à la fois lieu d’habitation, de travail, d’envie, de rêve et de rigolade. C’est ici que Jolie Rouge a pris ses quartiers.

Équipée d’une bouillote-sac-à-dos, invention ingénieuse pour résister à l’ambiance glacée bien connue des ateliers de constructeurs de vélos ; je déambule entre les machines rutilantes et les biclous démontés. Les dessins, photos-souvenirs et adages bucoliques ornent les murs de ce petit atelier-curiosité aux lourdes portes en bois, vestige probable d’une ancienne bâtisse agricole.

C’est plein de charme, et rempli de l’âme de Julien que j’étiquette comme le Matthew Crawford de la bicyclette : un ancien ingénieur dans l’industrie du composite qui plaque tout pour fabriquer des vélos et se questionne sur le travail manuel, l’utilisation des machines et cherche le juste milieu entre artisanat et industrie…

Bienvenue à Tire Poil, bienvenue chez Jolie Rouge.

© Camille Veillard

Références, dans l’ordre :

Le site de Jolie Rouge http://jolierougecycles.fr/

ATYPIC 3D https://www.atypic3d.com/index.php/blog

Victoire https://www.victoire-cycles.com/

Black Cat Bicycles https://www.blackcatbicycles.com/

Ron Grosinger / Paragon machine works factory tour (été 2018) https://youtu.be/TvJsRcHcTjk

Frances Cycles https://www.francescycles.com/

Tomii Cycles https://www.tomiicycles.com/

Chapman Cycles https://www.chapmancycles.com/

Antonin Michaud-Soret (fabrique de fromage et de film super) http://www.onboardtcrfilm.cc/

Isaline et ses chèvres / Passe moi les jumelles https://youtu.be/lSlVjfNdinE

Musique :

intro + interlude : Andriy Mashtalir – Changes

Générique de fin : Le Collectif À Bernard featuring Driss ! https://lesiteinternetabernard.com/

Et l’album « The Line Is A Curve » de Kae Tempest qu’on entend largement dans l’atelier de Jolie Rouge.

Transcription

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L'objectif de cet ouvrage est de mettre en lumière le potentiel d'épanouissement humain offert par les métiers manuels. On a toujours envie de progresser, quoi. Non, le canon. Si lui, il le fait, pourquoi toi, t'y arriverais pas ? Deux filles, garçons, un tout du genre. On s'intéresse ici à l'expérience de ceux qui s'emploient à fabriquer ou à réparer des objets.

Camille Industries, long tail et cargo à la fois. Vous écoutez Dans le cadre, un podcast sur les cadreurs et cadreuses vélos destinés à tous les monomaniaques et passionnés de la bicyclette.

Deux semaines avant Noël, j'ai passé quelques jours chez un ingénieur poète qui fabrique des vélos moitié pièce d'orfèvrerie, moitié gros joujoux à étraîner dans le gravier. Après une montée de 20 minutes sous la neige, j'arrive en haut d'une colline, à 5 km au-dessus de Chambéry. Ici, on est à Tirepoil, habitat partagé, effervescent et inspiré, à la fois lieu d'habitation, de travail, d'envie, de rêve et de rigolade. C'est ici que Jolie Rouge a pris ses quartiers.

Équipée d'une bouillotte sac à dos, invention ingénieuse pour résister à l'ambiance glacée bien connue des ateliers de constructeurs de vélo, je déambule entre les machines rutilantes et les bicoux démontés. Les dessins, photos souvenirs et adages bucoliques ornent les murs de ce petit atelier curiosité aux lourdes portes en bois, vestiges probables d'une ancienne bâtisse agricole. C'est plein de charme et rempli de lames de Julien, que j'étiquette assez rapidement comme le Mathieu Crawford de la bicyclette.

Un ancien ingénieur dans l'industrie du composite qui plaque tout pour fabriquer des vélos et se questionne sur le travail manuel, l'utilisation des machines et cherche le juste milieu entre artisanat et industrie. Bienvenue à Tirepoil et bienvenue chez Jolie Rouge.

Je vais montrer une photo, comment c'est fait. Je pense que c'est... Là ici, il y avait le pressoir à gauche, la meniserie. Et ici, vu qu'il y avait un sol un peu en béton, Je pense qu'ils mettaient un peu la remorque ou je sais pas trop quoi. Là, il y avait les écuries à droite. Et là, je pense que peut-être qu'ils avaient un petit tracteur et tout. Les portes, elles sont un peu...

Enfin, elles sont ouf, les portes. Ouais, mais je les ai gardées. Ouais, elles sont trop bien. Ouais, elles sont cool, ouais. T'as vu, il n'y avait plus que ce mur. Il n'y avait plus rien, plus rien. Avant, tu voyais des étoiles aussi. Et j'ai accueilli mon premier client. Alors avant, j'avais un autre atelier au centre-ville. Et pendant la transition, le client, il est venu. Il est venu ici et c'était dans cet état-là. Ne vous inquiétez pas, dans deux mois, c'est bon. Installe mes machines et tout.

Salut Julien. Salut Camille. Bienvenue. On entend un peu la pluie là. Je suis arrivée mardi midi. Il neigeait. Tu habites au-dessus de Chambéry. C'est ça, sur le début du massif de Chartreuse. Je pourrais presque dire que je vis en Chartreuse, mais ce n'est pas le cas. Tu habites avec d'autres gens dans un habitat collectif ? C'est ça, on est dans une ancienne grande ferme.

rénové par nos soins depuis quelques années et c'est un lieu de vie, c'est un lieu de partage et c'est aussi un lieu de travail, d'un lieu de résidence pour de la création une menuiserie et mon atelier et t'habites avec ta compagne et mon fils, mon petit bébé mon chat, l'humour et mes deux petites chèvres et pas que, il y a plein d'autres choses on a la chance de vivre dans un lieu aussi ouvert à la nature super chouette on est entouré de montagne Oui, là clairement on est sur la route du col du Granier, on est au pied d'un super massif ultra agréable pour la marche, le ski et le vélo, c'est un beau lieu.

Ça fait une quinzaine d'années maintenant que je vis à Chambéry, évidemment avant il y avait un peu d'études et puis un peu de vadrouille, et puis après je me suis marié avec Chambéry, on verra où ça nous mène. Avant de décider de fabriquer les vélos, tu faisais complètement autre chose ? J'ai subi l'école en étant dernier de la classe pendant un petit temps. Et après, j'ai compris qu'il y avait des choses qui me plaisaient et des choses qui me plaisaient moins.

Et j'ai foncé vers les choses qui me plaisaient. Je me suis orienté vers de la mécanique, de l'ingénierie mécanique. Dans cette école-là, on m'a appris à essayer de faire des choses. Et un peu ce formatage de tout est possible dans la vie. Donc en gros, je suis ressorti de là plutôt confiant. Et après, j'ai fait ce que m'a demandé cette école. de rentrer dans un moule d'ingénieur et j'ai eu la chance de voir ce milieu là, j'ai travaillé 6-7 ans, dans une entreprise très mondialisée, avec un super schéma mondialisé et j'en ai profité pour voir ça de l'intérieur, c'était chouette par contre j'ai dû arrêter au bout d'un moment c'était un besoin. Ce besoin m'a amené à un métier manuel, donc j'ai essayé plusieurs choses mais clairement je me suis rapproché de ma passion première qui était le vélo et je pense que j'ai bien fait.

Ça fait huit ans, on va dire, que je fais des vélos. Alors c'est crescendo, au début, il y a plusieurs façons d'apprendre. Moi, ma façon, c'était de l'autodidacte. Et forcément, si on fait de l'autodidacte, ça prend un peu plus de temps, un peu plus d'argent. Et sur cette façon d'apprendre, évidemment, j'en ai fait une vingtaine pour des copains. J'ai pris mon temps et ça monte crescendo et ça mène, là, aujourd'hui, à Jolie Rouge. Tu n'as pas fait d'école, tu n'es pas allé voir d'autres cadreurs pour apprendre, tu as appris tout seul.

J'ai appris derrière des photos, derrière des réseaux sociaux, derrière des forums. En gros, je me suis auto-persuadé que je savais faire ce métier-là à travers des visualisations de photos, des visualisations de process, des petites vidéos. Et c'est vrai que c'est une source magique de voir une photo de quelqu'un qui fabrique un vélo. Ce n'est pas qu'une personne avec des outils. Derrière, il y a un process, il y a une façon de mettre son outil, il y a une façon de quel outil il utilise, comment il bloque ses tubes.

et si on compile toutes ces photos, à la fin on a un process.

Je veux que mes vélos pour mes clients soient construits vraiment pour une vie et qu'ils correspondent à un besoin à l'instant T et futur. Mais moi je ne suis pas du tout attaché à mes propres réalisations et actuellement je n'ai pas de vélo et je vais me reconstruire des nouveaux mais moi je me construis des vélos et je les casse, du coup mon vélo numéro 1 je ne l'ai plus, je m'en suis séparé ça veut dire quoi ?

ça veut dire que je les modifie, je les fais tester en test ISO je les donne, je ne suis pas attaché à cet objet là pour mes propres vélos par contre pour les vélos que je construis aux autres que ce soit ma compagne, mes clients mes amis, là je veux que ce soit un bel objet et qu'ils y tiennent et du coup j'y mets le coeur ils en font ce qu'ils veulent après quand tu fabriques des vélos c'est pas juste le cadre et la fourche que tu fais presque tout sur le vélo ouais c'est une sorte de d'ego qui m'empare je sais pas si ça se soigne évidemment j'ai commencé que par le cadre et puis après j'ai rajouté des éléments donc si on commence par le cadre après on rajoute une fourche, après on rajoute un porte-sacoche après on rajoute une potence après on dit je vais faire mes garde-boue en carbone après je vais faire mes peintures après je vais faire mes usinages en fait on peut tout faire et en gros Jolie Rouge il s'offre une nouvelle compétence tous les deux ans on va dire c'est à peu près ça si on reprend un peu le schéma depuis le début et là aujourd'hui ce sont mes vélos de l'usinage à la peinture et fait en interne et j'adore ça c'est génial c'est un vrai défi pour soi-même et c'est une façon d'évoluer j'ai envie de dire que c'est une façon de ne jamais tourner en rond et de toujours être sur de l'apprentissage il faut avoir la chance de pouvoir se l'offrir en temps et en argent mais c'est ça qui est passionnant je trouve pour le coup je ne tiens pas toujours à mes propres vélos mais je tiens beaucoup à mes machines je trouve que mon atelier et mes machines on va les mettre dans le même sac ça ressemble un peu à une salle de psy pour moi c'est un peu là où je peux me confier me façonner, m'épanouir mettre en forme mes idées et cet atelier là il est très précieux pour moi c'est un peu ambivalent parce qu'à la fois j'admire le low tech, j'aime les choses simples, j'aime le travail manuel.

Et d'un autre côté, je trouve que tous ces usages de machines qui améliorent un process m'aident à moins me fatiguer, à travailler plus en sécurité, à être plus précis, je les adore. Il y a un côté un peu bipolaire là-dedans, je n'arrive pas à trouver où est le juste milieu, je le cherche. Mais d'un côté je prône le travail manuel et de l'autre côté j'ai des super machines. Je clique sur des boutons et la pièce, elle sort.

C'est magique. Vous connaissez le docteur Freud, monsieur Ismet ? Monsieur Freud, qui est-ce ? Un passager ? C'est compliqué cette relation à la machine parce qu'elle est... On a envie de faire des choses avec les mains, de manière douce, en prenant le temps et tout. Et après, derrière, t'as cette machine qui arrivera à le faire de manière précise, un peu automatisé.

Et en fait, je me rends compte qu'on a besoin des deux. Dans ce métier d'artisan, tu ne peux pas tout faire à la main et tu ne peux pas tout faire avec les machines. Et moi, je cherche un peu ce juste milieu-là. C'est l'appel de la modernité un peu. C'est un peu l'appel de la modernité où tu essayes de mettre une grosse barrière pour ne pas y succomber. Mais bon, tu entends, tu ouvres la porte et tu dis, coucou, on essaye.

Aujourd'hui, sur tous les vélos, artisans ou pas, il y a de la pièce qui est sortie de machines numérisées. Il faut que les gens en soient au courant. Je pense que le petit maraîcher bio à petite échelle, il a quand même un tracteur. J'espère pour lui. J'espère qu'il y a plein d'autres choses, j'en sais rien. Moi, je pense que nous, en tant qu'artisans, il faut aussi qu'on ne se brille pas les yeux et qu'on puisse se dire qu'il y a de la machine numérique pour fabriquer nos objets d'artisan.

Tu as une imprimante 3D d'ailleurs dans ton atelier. J'ai une imprimante 3D et c'est un ami qui m'a motivé à la voir.

Je n'y croyais pas du tout et je ne la voulais pas forcément. Et en fait, je fabrique tellement d'outils avec tellement de petits trucs qui me simplifient la vie que ça m'énerve de l'aimer autant. C'est atypique 3D, il les fabrique un peu sur mesure, complètement sur mesure. Et vraiment, cette machine, elle m'aide dans le quotidien à fabriquer des petites choses futiles, mais aussi débuter de mandrin pour fabriquer mes pièces, un système de découpe pour découper mon garde-boue.

Ça façonne des pièces de manière tellement puissante, tellement facile. C'est un peu magique, ouais. C'est vrai que celle-là, elle fait un truc très 2.0, on va dire, très moderne.

Assez éloignée de l'artisanat, au final, mais qui se marie quand même plutôt très bien. Je vais te montrer. Je n'ai pas beaucoup de pièces de vélo. Un petit peu, mais je fais surtout de l'outillage. Typiquement, ici, ça va être une butée mécanique pour venir positionner ma pièce. Elle va être tout le temps fixée au bon endroit quand je vais venir serrer mes mains.

Et c'est une pièce, je la dessine, je lance l'imprimante, c'est parti. Je fais aussi des trucs pour tenir mes outils. Ça, ce n'est vraiment pas assez dangereux. Je ne sais pas où il y a, mais tout un système pour découper mes garde-boue moulés. Donc, une fois qu'ils sont découpés, il faut le découper de garde-boue. C'est toute une structure qui est un mix entre pièces d'acier et pièces en impression 3D.

Donc, c'est vachement utile.

Et ouais, cette machine-là, c'est fou. Plein de petits trucs pour améliorer. Oui, maintenant que tu le dis, du coup, je vois tous les trucs que tu as pu faire avec. Et il y en a qui ont un vrai sens. Et puis d'autres, c'est le geekage. C'est genre ça. Ouais, ça, c'est critique. C'est excellent, c'est énorme. C'est quoi la dernière compétence que c'est vous faire Joli Rouge cette année ? Ça reste quand même les peintures. J'hésite avec l'usinage, mais ça reste quand même les peintures.

En fait, c'est une compétence que j'ai essayé de mettre en place il y a quand même trois ans. Donc ça ne peut pas être la dernière, mais j'ai quand même mis trois ans à réussir à les faire. Donc on va dire que c'est la dernière acquise et maîtrisée. Peut-être parce que j'ai fait un peu trop d'autodidactes là-dedans, mais ce n'est pas que de l'autodidacte. Il faut quand même que je remercie les personnes qui m'ont aidé et qui m'ont donné des toutes petites astuces pour que d'un coup, paf, mon savoir-faire il explose et je pense par exemple Julien de Victoire avec trois petits conseils, trois petits mots il a résolu 80% de mes problèmes donc voilà, clairement c'est un apprentissage en autodidacte et du partage et c'est vrai que ce nouveau savoir-faire là, il est assez important pour moi parce que je trouve que c'est une super façon de finir mes projets et de donner cette touche finale à mes fabrications elles sont trop récentes pour que je puisse dire que je maîtrise le sujet et je m'en satisfais moi je trouve que mon esthétique générale je peux vraiment l'améliorer et me trouver là-dedans et m'amuser dedans on va dire que c'est un peu que le début tu te fais un peu plaisir artistiquement parlant quand tu fais de la peinture il y a un côté où c'est créatif moi je ne m'estime pas dans la tranche artistique mais par contre j'adorerais et je le fais déjà quand même faire intervenir des gens qui ont cette capacité-là, créative et artistique, et je pense à des tatoueurs, des dessinateurs et tout ça, et je pense que le mariage artisan-artiste il est chouette, il vaut le coup d'être vécu, on peut pas l'offrir à tous nos projets parce que ça prend quand même beaucoup de temps et c'est dur à valoriser, mais c'est ça qui est fun, c'est ça qui est cool, j'ai travaillé récemment avec Anoucha qui m'a fait des dessins et ça fait 6 mois que je les ai, ils sont pour Jolie Rouge, ils sont dessinés pour Jolie Rouge et ils sont tellement précieux que je sais pas trop comment encore les mettre vraiment en œuvre pour les incorporer dans cette ambiance de joli rouge. J'ai mes petites idées, ça va venir. Un petit spoiler, ça va être par rapport au head badge, donc tout ce qui va se passer sur la douille de direction.

Et tu peux expliquer un peu techniquement tu fais ça au pistolet la peinture ? La peinture c'est long, une peinture ça met à peu près deux jours et demi à être faite sur un vélo et c'est une succession de couches qu'il faut assembler ensemble. Une peinture c'est pas juste une couche de couleur avec un vernis dessus, c'est c'est des nacrés, c'est des métallisés c'est des paillettes, c'est différentes nuances de couleurs c'est différentes épaisseurs noyées dans différentes couches de vernis et tout ça ça peut faire des résultats différents techniquement j'ai le geste mais la palette qui s'offre devant là elle est juste énorme quoi, et facile de se perdre dedans je pense quand même, ça c'est un point technique après il faut essayer d'y mettre une histoire aussi, enfin c'est ça qui est dur en fait, c'est surtout l'histoire à mettre sur la peinture si c'est juste dessiner un lutin dessus je sais pas si ça vaut le coup c'est beaucoup de boulot pour pas grand chose et moi je trouve que ce qui vaut le coup c'est de réussir d'écrire une petite histoire pour que le vélo il dise c'est bizarre que t'aies mis un lutin sur ton vélo non j'ai pas juste mis un lutin sur mon vélo j'ai écrit une petite histoire parce qu'elle m'amuse et que du coup ça raconte quelque chose sur le vélo et là où je suis assez content c'est que j'ai découvert Black Cat après que je me sois lancé sur l'idée de faire un peu des peintures un peu sur le folklore, les formes géométriques et tout ça et lui il le fait tu vois, il le fait en changeant la typo de ses écritures en adaptant beaucoup en fait le vélo qu'il fabrique à son univers de peinture Todd Ingermansson ouais c'est chaud à dire alias Black Cat, on en reparlera plus tard C'est une des références de Julien Il s'amuse effectivement beaucoup avec ses peintures Il peint de beaux motifs plutôt géométriques Dont le design change tout le temps Tout comme sa typo utilisée pour son nom Black Cat Qui n'est jamais la même sur les vélos C'est vrai que niveau communication Il est plutôt discret Je m'y prends à deux fois avant de comprendre qu'il habite sur la côte ouest en Californie Son Instagram compte Quelques 8000 followers Tandis que lui ne suit absolument personne Tout comme Joli Rouge, il fabrique beaucoup de choses en interne Des potences, des pattes de dérailleurs Et aussi de jolies jonctions de tubes Bref, moi, je vois bien le rapport entre Todd Ingermansson et Julien Fritsch.

Et là, je ne parle pas que de la prononciation hasardeuse de leur nom de famille.

Tu fais ça où ? Je suis vachement équipé. Mon atelier, j'ai les commandes numériques et tout, mais mes peintures, j'ai fait dans une tente de mariage. Je mets une demi-heure, voire une heure à installer toute la tente pour pouvoir peindre correctement. Mon atelier est tout petit. J'aime bien les petits espaces. Et il ne me donne pas la possibilité de mettre une cabine.

Julien, il a un tour à commande numérique. Cette machine, une fois appréhendée et bien réglée, lui sert à sortir des pièces assez vite et en quantité conséquente. Depuis peu, il s'est mis à produire et vendre une dizaine de pièces destinées aux artisans du cycle. Si vous allez sur son site, vous pouvez commander des boîtiers de pédalier, des drop-out, des supports de freins flat-mount, des arbres cycloches et même des capots de potence. Bon, c'est pas encore le Paragon Machine français, et il a pas envie de le devenir, mais c'est une première proposition à la création d'un catalogue de pièces usinées en France.

D'ailleurs, si vous voulez découvrir les coulisses de Paragon Machine, il y a une vidéo qui traîne sur YouTube d'un professeur de métallurgie hyper enthousiaste qui filme sa visite de l'atelier et qui ponctue chacune de ses découvertes de « wow » et « amazing ». Je mets le lien en référence.

Vous avez des images ? C'est trop bien. C'est le rêve d'enfant. Avant de faire une école d'ingénieur, j'étais dans un lycée technique et on était en phase de machine où il y avait plein de boutons dedans et tu cliquais dessus et puis ça faisait des pièces. Je me sentais un peu tout petit face à ces machines. indomptables, difficilement programmables, etc. Je me suis toujours dit qu'un jour, j'allais réussir un peu à les dompter. Je pense que ça ne marche pas encore, mais je suis commencé à me débrouiller.

Et l'idée, c'était un peu en mode, un jour, j'aurai une machine à commande numérique chez moi. Et voilà, j'en ai. Et en fait, ces machines-là, elles ont quand même un sens dans nos vies parce que je pense qu'il faut qu'on trouve le juste milieu entre l'artisanat et l'industrie. Et en fait, une commande numérique, elle va te donner la possibilité de fabriquer des pièces en quantité suffisante, avec une fiabilité suffisante et une répétibilité suffisante pour que ton métier soit viable économiquement.

Là, aujourd'hui, on fabrique des vélos made in France, ce que j'estime made in France, Donc coupé, soudé, polié en France, avec une relation entre un client européen français et un artisan français. Mais quand même, je pense qu'on est perfectible. Aujourd'hui, ça fait une dizaine d'années que l'artisanat y revient en France. On a un super savoir-faire, on fabrique des beaux vélos en France.

J'estime que si dans 5 ans ou dans 10 ans, nos boîtiers de pédalier sont encore asiatiques ou américains, on a loupé quelque chose. une pièce aussi simple, un bout d'acier avec deux filetages de chaque côté qui sera toujours acheté en Asie aux Etats-Unis pour nos vélos Made in France voilà, je pense que c'est une erreur donc c'est pas une erreur aujourd'hui parce que c'est normal, on apprend doucement et on y va petit à petit mais voilà, il faut évoluer, il faut avancer donc aujourd'hui je fabrique mes boîtiers de pédalier et je les propose aux autres et je suis content de ça et je pense que si si le métier revient vraiment il faut qu'il y ait vraiment une société en France ou en Europe on va dire quand même se mettre à fabriquer des boîtiers de pédalier pour nous Là c'est des pièces qui ont été lancées c'est les drop-out, donc c'est les pattes qui tiennent la roue avant et elles vont être sur le standard son SL, donc ça va être la connectique de la dynamo qui va être automatique il n'y a plus de fil. François Copenheim a montré ça j'étais là, waouh, incroyable c'est trop bien, et ça c'est une force de l'artisan de pouvoir faire ça du coup ça aujourd'hui ces pattes là elles existent en acier chez son fabriqué je sais pas où peut-être en Allemagne il y en a qui les fabriquent en inox aux Etats-Unis, Paragon d'une certaine forme mais la forme là, en pâte coquille on appelle ça pâte coquille diamètre 25 en inox, il n'y en avait pas personne n'en faisait j'en ai fait 50 moi c'est les pièces que j'utilise sur mes vélos pour tous les cas c'est pas perdu et les confrères ils les prendront, ils les prendront pas, elles sont là donc voilà ça c'est les pâtes coquilles inox ça c'est les mêmes mais sans l'option SL tu vois j'en ai pas fait beaucoup, j'en ai fait que 10 de celles là parce que je préfère que les gens ils fassent du son SL c'est génial ce son SL il y a plein de choses à faire parce qu'aujourd'hui aujourd'hui un fabricant américain de pièces il propose 100, 150 200 références, moi j'en propose 10 je suis en incapacité totale d'en proposer 200 mais je suis très content d'en proposer une dizaine voilà il en manque il faut qu'il y ait d'autres personnes qui fabriquent des pièces et qui les partagent Et si je peux en proposer 20, j'en proposerai 20, je serais très content de ça.

Et si dans 15-20 ans le métier est vraiment bien implanté en France et qu'on continue à les acheter en Asie, c'est dommage. Tu crois en l'avenir du cadreur ou de la cadreuse française ? Les voyants sont au vert, franchement. Si on parle du vélo, c'est indiscutable et indispensable. Et les cadreurs, en fait, ils offrent un service que l'industrie ne peut pas offrir. on est comme des luthiers en guitare on n'a pas besoin d'une guitare de luthier pour faire de la musique ça c'est une certitude mais par contre il y a des gens qui ont besoin d'un luthier pour s'épanouir et avoir l'outil qu'ils veulent donc voilà nous aujourd'hui en tant que cadreur on offre du sur mesure, une écoute du made in France une relation en fabricant un SAV, une garantie donc voilà on est là pour faire les choses à fond tu fabriques quoi d'ailleurs comme type de vélo ?

J'ai l'impression que tu fabriques plein de vélos différents. Alors déjà, je fabrique ce que les gens veulent que je leur fabrique, parce que je suis à leur écoute. Moi, je crois beaucoup aux VTT de voyage, aux vélos d'aventure de voyage, parce que s'écarter des routes, ça fait du bien de temps en temps aussi, quand même. Et je crois beaucoup aux vélos d'aventure, quand même, qui filent un peu léger pour aller s'amuser à descendre à Marseille en nuit, à fond, et se baigner, puis remonter en 5 jours avec des copains, en profitant.

Donc ça, ce style de vélo-là, c'est les deux styles de vélo auxquels je crois. VTT de voyage et vélo léger qui filent pour avancer à fond avec les copains et puis après profiter. En gros, il y a des sacoches. C'est un peu ta pratique ou ton envie de pratique du moment ? Ça, avec un autre paramètre très important, c'est que tu rajoutes mon fils dans tout ça. Et en fait, rajouter un enfant dans un voyage à vélo, c'est un gros sujet quand même.

J'adorerais qu'il y ait un concours de machine autour de ça, du voyage à vélo avec enfant. parce que je pense qu'il y a une créativité folle autour de ce sujet-là. Et tu le trimbales comment alors, Louison ? J'ai des idées de porteurs qui me trottent dans la tête. C'est Francescicle, un cadreur américain qui est fabuleux et qui a une sorte de tandem enfant-adulte. Il faut que je lui demande l'autorisation exacte pour que je puisse m'inspirer de ce qu'il a fait. Il faut aller voir sur son site, c'est pas mal.

Il est perché devant toi et un peu en hauteur. Et surtout, il peut descendre d'un niveau et venir s'asseoir en bas. Parce que quand il a un âge charnière entre 2 ans et 7 ans et qu'il n'est pas en capacité de rester assis sur une selle toute la journée, il va pouvoir monter au-dessus et pédaler et avoir le guidon et être dans le flux de circulation et apprendre plein de choses et aussi descendre d'un étage pour aller se reposer. Alors c'est peut-être une utopie, je ne l'ai pas vécu encore, mais il faut que je l'essaye, il faut que je l'essaye ce vélo-là. D'ailleurs, ça me fait penser, tu m'avais parlé d'un autre cadreur qui fabrique des vélos pour les enfants adaptables.

De Tommy, là ? C'est un sino-américain qui vit au Texas et qui est trop fort. Quand je te dis, il y en a, ils ont une homogénéité dans leur travail que tu reconnais du premier coup d'œil avec une vraie identité et tu sens que ce n'est pas un truc trop façonné.

Lui, il fait partie du chap 2, du chap 3. Il y a Black Cat aussi que j'aime énormément. C'est deux personnes que j'aime beaucoup. Moi, je pense que c'est mes trois préférés avec Chapman.

Chapman, ce que j'aime bien, c'est que Il est très homogène dans son travail, il respecte ça, et il est dans une niche. Son type de vélo, tu ferais ça en France aujourd'hui, il n'y a pas beaucoup de clients. Le vintage. Ouais, un peu vintage, bien fait, et micro-millimétré.

Sa réalisation, elle est parfaite.

Le vélo de son fils, il est trop bien. Mais le vélo du fils et de la fille de Tony est encore mieux. Il est évolutif, tu vois, c'est un vélo à 16 pouces, 20 pouces, 24 pouces. Tu changes la taille des roues et puis le vélo, il grandit avec. Enfin, sur les trois que j'ai dit, je pense que c'est un peu des pirates quand même. Ils ont tellement de leur identité qu'ils arrivent à respecter et à mettre en avant et à faire respect. Sans le chercher, je pense. Black Cat, tu sens déjà qu'il déteste un peu communiquer sur ce travail et tout.

Mais il suffit juste qu'il montre ce qu'il fait, ça suffit. Et ça, c'est ouf.

Black Cat, c'est quoi qui te fait kiffer chez ce mec ? je peux le voir de loin, je sais que c'est un Black Cat et ça, ça me suffit pour dire que j'aime c'est ça il a eu la capacité de faire des vélos qui ont une identité forte c'est dur de savoir ce qu'on veut faire dans nos créations et un peu de les imposer âme de pirate oblige Julien aussi est animé par l'idée de proposer des vélos qui sont radicalement le fruit de ses envies l'idée de proposer des vélos de série 100% jolis rouges est en cours d'élaboration je me suis mis avec mes envies, mes idées devant une feuille de papier et j'ai dessiné mes premiers vélos avec le seul objectif d'écouter mes envies.

J'ai passé un super moment à les dessiner, à les créer, à y réfléchir, à faire évoluer leur dessin, leur process. C'est un peu que le début. J'ai hâte de sortir les premiers modèles. Ça, c'est le petit vélo de série. Je pourrais te montrer un petit peu.

C'est mes vélos à moi que j'ai dessinés à 100% derrière mon bureau sans penser à un besoin client. C'est vraiment moi et mes envies. Et puis on verra si ça marche ou pas. Et du coup, il y a le Hop Hop qui va être un VTT tout rigide. Il y a le Goat Catcher qui va être un vélo d'aventure Allroad. Et il y en a un autre qui va sortir, un VTT Fourchavant, mais je n'ai pas son nom encore.

Et ça va être un vélo à 200% fabriqué à l'atelier. Donc il y aura les usinages, la soudure, les grugages, la peinture et les sacoches. Et tout ça, ça va être fait à la maison. C'est pour ça qu'il y a autant d'un cerf dedans. Voilà. C'est pour ça, les sacoches. Ouais, il y en aura partout. Donc en gros, il y aura une gourde ici, une petite sacoche là, une sacoche ici, une sacoche ici.

L'interface est assez réfléchie, donc il y en aura de partout. Et voilà, ça va être un vélo avec un caractère un peu américanisant, un peu fun du vélo, un peu plus aventure, avec des formes, des couleurs. Beaucoup d'accords entre les couleurs de sacoche et les couleurs de cadre. Je m'estime pas du tout artiste, mais je vais faire travailler des artistes un petit peu, de temps en temps, sur les décos, et je vais faire des éditions limitées de peinture.

C'est pour quoi ce nom-là ? C'est comme ça que j'appelle mes chèvres. Quand elles sont loin, je fais hop, hop, comme ça, et puis elles viennent.

Et goat catcher, parce que c'est le vélo que je vais utiliser pour faire des petites sorties avec elles.

On verra, on verra ce que ça donne.

Donc là, ouais, t'as les plans.

Là, ouais, tu vas avoir une sacoche intégrée ici, une autre ici, une autre là. Et il va y avoir tout un système de porte-bagages avant-arrière, avec des mini-sinkages intégrés. Et pareil avec des sacoches aussi, sur mesure, faites par ma petite soeur. Des sacoches qui sont intégrées dans le cadre, elles seront livrées avec le cadre. J'ai hâte de les faire.

Il parle un peu de ses chèvres, c'est comme ça que ça marche. Si tu lui parles de ses chèvres, derrière tu peux lui demander n'importe quoi.

Souvent, lui, il les appelle, quand il passe devant l'enclos des chèvres, il fait toujours hop. et du coup si après tu balances des hops dès que tu le vois ça lui fait penser à ses chèvres et du coup là tout d'un coup il s'émerveille il faut faire juste le hop les petites chèvres c'est ma façon de recréer un lien et de détente aussi en gros à la fin d'une journée quand même, c'est assez régulier où je vais les voir je vais faire une petite marche avec dans les forêts ça me repose je crois qu'elles, elles aiment bien c'est important qu'elles aiment bien c'est un lien animal, donc on aime ou on n'aime pas mais moi j'aime ce lien là c'est aussi un lien d'amitié parce que c'est mon copain Antonin qui me les a donnés et j'adore le travail qu'il fait avec ses chèvres et ses fromages et du coup, quand je les vois je pense à lui, évidemment c'est aussi qu'elle me tombe la pelouse super bien Et ouais je me suis mis un peu au godpacking Je leur mets des petites sacoches Ouais le godpacking Vous avez bien entendu Et je me balade dans le massif de Chartreuse Avec l'autorisation du PNR C'est une petite journée de marche 500 mètres de dénive Elles sont là avec leurs petites sacoches chargées de 3-4 kilos Et c'est marrant Franchement c'est fun Valais tu montes aussi ?

Attends Ça va pas la faire Viens là Valais J'avais ça en tête depuis longtemps et puis d'un coup j'ai vu Isaline, une Suisse qui a traversé la Suisse avec ses deux boucs. J'ai l'impression que les boucs, ils écoutent moins que les chèvres parce que dans la vidéo, ça a l'air de moins écouter.

Et quand j'ai revu ça, je me suis dit, tu l'as en tête, tu ne l'as pas encore fait, ça fait un an qu'elles sont là. Et le lendemain, j'étais avec mes petites chèvres, avec les sacoches, c'était trop bien. J'avais peur un peu du côté bizarre, marginal et tout, qu'est-ce qu'il fait avec ses chèvres dans la montagne et tout. Et au final, je me suis senti plutôt à ma place, pas trop marginal. Et puis, ça faisait mieux. Les gens, ils se marraient et c'était pas trop excentrique, c'est cool. Ici, il y a plein de gens un peu marginals quand même, qui passent tout un peu décalés ou un peu...

Ouais, c'est pas marginal, mais avec des envies de vie. Avec des envies de vie, ouais. Avec des envies de faire des choses, ouais. Je pense qu'il y a plein de choses à faire hors cadre. En gros, il y a quand même 12 adultes et 6 enfants. et chaque personne a des rêves, des envies, des compétences et en fait ce partage là il est surpuissant on n'a pas assez d'une vie pour en profiter et c'est dommage que dans le monde dans lequel on vit on est un peu à 200 à l'heure même si on a envie de ralentir mais c'est vrai que je regrette presque qu'on n'ait pas plus de temps dans notre vie pour profiter de toutes ces personnes là et de refaire le monde mais en tout cas on en profite on en profite en faisant des petits festivals en faisant des créations artistiques en accueillant des gens qui ont des projets complètement foufous en refaisant notre maison c'est simple ne serait-ce que se mettre autour d'une ferme et de la rénover tous ensemble c'est déjà fou comme projet Merci Julien Merci, à très vite Cet épisode a été réalisé et monté par Camille et le générique de fin est interprété par Drissou et le collectif à Bernard.

Merci à Julien Fritsch de m'avoir accueillie dans son bel univers et aux très joyeuses personnes que j'ai croisées à tire-poil.

On va te faire à quoi ? C'est pour les clients mécontents, mais t'as vu, il y a des toiles d'araignée.