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Dans le cadreNº 4

Cycles Itinérances, partie 1/2

François Coponet

35 minPar Camille Veillard

Notes de l’épisode

Mon été 2022 a été gravé sous le signe du cycle. Des rencontres cyclo-féministes à la bike war, de ciné cyclo en festivals qui partent à la dérive, j’ai aussi fait un saut aux Concours de Machines qui avait lieu cette année à Roubaix où j’ai retrouvé François Coponet des Cycles Itinérance. Il est bien connu pour être l’ancien cadreur de Rando Cycles, boutique émérite située dans le 12e arrondissement de Paris.

À la fin du Concours donc, je grimpe dans le camping-car de François et Trudie. Nos 3 bicyclettes accrochées au porte-vélo, direction Mousson à 400 km un peu plus à l’est.

Pas loin d’être bordée le soir après avoir été nourrie à la teurgoule (une spécialité normande qui ressemble vaguement à du riz au lait), je n’ai pas de doute qu’ils ont pas mal pratiqué l’accueil des cyclotouristes de passage…

Le matin, en sirotant son bol de chocolat chaud, François m’explique qu’il aime les épreuves, les concours et leur émulation mais pas vraiment la compétition, ok pour la nouveauté et les changements mais pas la course à l’armement.

Source intarissable d’anecdotes, d’histoires et d’enseignements ; j’ai passé 3 jours dans son atelier à l’observer braser. C’est parti pour un cours d’histoire du vélo et l’éloge des haubans à plaquette rétro. Clairement François il a loupé une vocation : s’il est bon cadreur il est aussi excellent professeur. Affairé à me montrer des moyeux maxi-car et me donner des conseils avisés pour débloquer les tiges de selle coincées dans le cadre ; franchement j’ai eu du mal à m’en aller !

Cet épisode est coupé en 2 parce que j’avais envie de tout garder et que même en coupant large ça faisait une heure.

Mais promis vous allez aimer.

© Camille Veillard

Références :

Lefol

Singer, Dejouannet, Routens, Herse, Barra (Barralumin), Louis Moire (Goeland), Follis … À (re)découvrir sur la super encycloduvelo

Concours de machines

Cattin

Berthoud

Pierre Perrin

Vagabonde

La Fraise

Edelbikes

Atelier Pariah

Brevet

Menhir

Tubes : Reynolds, Columbus, Dedacciai

Fahrradmanufaktur, Genesis, Surly

Musique :

Dans l’intro + interlude : Andriy Mashtalir – Changes

Générique de fin : Le Collectif À Bernard featuring Driss ! https://lesiteinternetabernard.com/

Transcription

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L'objectif de cet ouvrage est de mettre en lumière le potentiel d'épanouissement humain offert par les métiers manuels. On a toujours envie de progresser, quoi. Non, le cadre. Si lui, il le fait, pourquoi toi, t'y arriverais fort ? Nos filles, les garçons, on s'en fout du genre. On s'intéresse ici à l'expérience de ceux qui s'emploient à fabriquer ou à réparer des objets.

Vous écoutez Dans le Cadre, un podcast sur les cadreurs et cadreuses vélos destinés à tous les monomaniaques et passionnés de la bicyclette.

Mon été 2022 a été gravé sous le signe du cycle. Des rencontres cyclo-féministes à la Bike War, de simicyclos en festival qui partent à la dérive, j'ai aussi fait un saut au concours de machines qui avait lieu cette année à Roubaix où j'ai retrouvé François Coponnet des cycles itinérances. Il est bien connu pour être l'ancien cadreur de randocycles, boutique émérite située dans le 12e arrondissement de Paris. A la fin du concours donc, je grimpe dans le camping-car de François et Trudy.

De trois bicyclettes accrochées au porte-vélo, direction Mousson, à 400 km un peu plus à l'est. Pas loin d'être bordé le soir après avoir été nourri à la Turgoule, une spécialité normande qui ressemble vaguement à du Réolet, je n'ai pas de doute qu'ils ont pas mal pratiqué l'accueil des cyclotouristes de passage. Le matin, en sirotant son bol de chocolat chaud, François m'explique qu'il aime les épreuves, les concours et son émulation, mais pas vraiment la compétition. Il est ok pour la nouveauté et les changements, mais pas la course à l'armement.

Source intarissable d'anecdotes, d'histoire et d'enseignement, j'ai passé trois jours dans son atelier à l'observer brasé. C'est parti pour un cours d'histoire du vélo et l'éloge des haubans à plaquettes rétro. Clairement, François, il a loupé une vocation. S'il est bon cadreur, il est aussi excellent professeur. Affairé à me montrer des moyeux maxicards et me donner des conseils avisés pour débloquer des tiges de sel coincées dans le cadre, franchement, j'ai eu du mal à m'en aller.

Cet épisode est coupé en deux, parce que j'avais envie de tout garder et que même en coupe en large, ça faisait une heure. Mais promis, vous allez aimer.

Salut François. Bonjour Camille. On est chez toi, dans ta maison à Mousson. Donc là on est en Morte-et-Moselle. C'est ça. Entre Nancy et Metz, dans un tout petit village de 100 habitants. Oui. Dont tu es adjoint au maire. Exactement. Dans ton atelier, j'ai vu pas mal de randonneuses. Oui. Un tandem. Tu es plutôt connu pour fabriquer des tandems et des vélos de voyage. C'est ça, oui. Je fabrique pratiquement que ça. Je ne fabrique pas de vélo de course parce qu'on ne m'en demande pas. Les gens qui viennent me voir, viennent me voir pour avoir une randonneuse, un vélo de voyage. C'est comment cette passion du vélo ? Cette passion du vélo ? Tout petit.

J'avais 11-12 ans, je partais à vélo tout seul. J'habitais à côté de Rouen à l'époque et puis je partais faire des balades de 30, 40, 50 kilomètres. Mes parents n'étaient pas très rassuré de me voir partir à 12-13 ans tout seul, donc ils m'ont inscrit dans un club de cyclotourisme à Rouen, le groupe de touristes rouennais. Dès la première sortie, j'ai été complètement conquis, entraîné dans le milieu du cyclotourisme sous toutes ses formes, les balades du dimanche, les sorties à la journée, les grandes randonnées, les brevets, le cyclocamping aussi, voilà. Et rapidement, je suis parti en vacances avec des sacoches avec mon frère et puis après tout seul.

Le premier cadre que tu as construit ou le premier porte-bagages que tu as réalisé, c'est venu comment ? C'était pour qui ? À l'époque, il n'y avait pas de porte-bagages adaptés au cycle camping. Surbaissés, tout fait, ça n'existait pas. On avait les porte-bagages en fil qui cassaient, en fil d'acier plein. C'est le Foll qui fabriquait ça. Ce n'était pas du tout adapté. Il y avait ça sur les vélos motobécane, Peugeot mais ça ne marchait pas vraiment ou alors il fallait aller voir un artisan vélo sur mesure mais il ne fabriquait pas les porte-bagages uniquement il fallait prendre un vélo complet il fallait aller voir Saint-Ger ou Hertz ou Dejouanet ou Routins à Grenoble puis commander un vélo adapté au cyclocamping si tu voulais avoir des porte-bagages solides donc en fait moi j'avais deux copains qui voulaient partir en grand voyage en Asie, Katmandou, en traversant le Proche-Orient, l'Iran, l'Afghanistan, etc.

Et moi, je m'étais fabriqué des portes-bagages surbaissés avec un chalumeau à gaz. C'était un peu du bricolage, mais ça fonctionnait. Donc, ils m'ont demandé de leur faire des portes-bagages en tube, solide, pour pouvoir voyager plusieurs mois. Donc, ça a commencé comme ça, à fabriquer des portes-bagages. Puis, petit à petit, je venais me voir pour ça. Le bouche-à-oreille, il fait que tu as fait des portes-bagages. Ça m'intéresse aussi parce que le bus n'existait pas, il n'y avait rien du tout.

Il n'y avait pas les attaches sur le cadre pour fixer les portes-bagages, donc j'ai commencé à braser aussi des attaches sur les cadres, sur les fourches. Et puis voilà, de fil en aiguille, tu te passionnes pour ça. Et puis tu as qu'un rêve, c'est de fabriquer ton cadre toi-même. J'ai fait des études de mécanique. À l'issue de mon BTS, j'ai commencé à fabriquer un montage, un marbre, pour pouvoir fabriquer un cadre.

Et j'ai réalisé mon premier cadre comme ça. Il y a rapidement pour un copain avec qui je suis parti en voyage 19 mois autour du monde. Tu avais quel âge ? J'avais 22 ans. Quand j'ai réalisé mon premier cadre, j'avais 22 ans. J'ai fait un voyage de 19 mois, environ 30 000 kilomètres, jusqu'en Nouvelle-Calédonie, avec des sauts de puce en avion.

C'est le cadre que j'ai vu à l'arrière de ton atelier, celui qui est tout en haut ? Tout en haut, le vélo vert triangulé, oui, c'est ça. Est-ce que tu peux raconter la géométrie de ce cadre ? Pourquoi justement, moi j'étais un peu surprise de voir la triangulation à l'arrière ? Alors, à l'époque, les tubes de cadre de vélo, ils avaient tous la même dimension.

On fabrique un vélo de course ou un vélo de randonnée, on avait des petits tubes par rapport à ce qui existe maintenant, diamètre 28 et diamètre 26 pour le triangle principal. Et les épaisseurs, c'était les mêmes, pratiquement pour les vélos de course et les vélos de randonnée. Mais quand on met beaucoup de bagages dessus, c'est pas suffisamment rigide. Donc on avait des problèmes de chimie dans la direction quand on chargeait trop en trottes à l'arrière.

Alors, pour ceux qui, comme moi, se demanderaient ce que la chimie vient faire dans l'histoire, c'est Chimie en anglais, S-H-I-2-M-Y, le guidonnage, quoi. Du coup, il aurait fallu que je le renforce par une triangulation quand je suis parti. Je ne l'ai pas fait parce que je n'avais pas l'étude pour le faire. Et au bout de trois semaines de voyage dans les Dolomites, en rentrant dans Bolzano, je suis rentré aussi dans une voiture.

Voilà, donc c'était un peu en descente, je devais rouler à 25, 30 km heure peut-être. La voiture a freiné totalement devant parce qu'il cherchait sa route et puis moi j'ai vu au dernier moment j'ai freiné mais c'était trop tard le cadre a été bien plié la roue ne tournait plus du tout au niveau du cadre donc le cadre était mort donc j'ai démonté le cadre du vélo j'ai laissé toutes les pièces au camping et puis j'ai repris le train pour rentrer chez moi pour changer les trois tubes la douille et les tubes diagonales tubes supérieurs parce que tout était mort la fourche n'avait rien mais là comme j'avais racheté une série de tubes j'avais un tube en trop et j'ai décidé de faire une triangulation pour renforcer le cadre déjà le rigidifier latéralement pour qu'il y ait moins de guidonnage sur les routes lisses en descente et pour que peut-être si je rentrais à nouveau dans une voiture que ça serait la fourche uniquement la fourche qui plierait et que ça serait plus facile à réparer du fourvi qu'il y a il y a quelques vélos quoi ça sert à moi C'est ce que j'avais acheté pour aller en Islande l'hiver.

Je ne savais pas qu'ils faisaient ça sur le lit. Ce sont des fêtes, oui. Derrière, c'est un vélo, ma vraie première randonneuse que j'ai acheté quand j'avais 16 ans. C'est un vélo d'artisan, c'est un goéland. Il a été repeint, mais il avait une belle couleur marron, il défilait tout le long des tubes et tout. Et qui était en vente d'occasion chez un marchand de vélo, là où j'habitais, à côté de Rouen. Et fabriqué par Louis Moir, la marque goéland.

donc c'était un artisan réputé à l'époque à Paris et voilà c'était mon premier vélo avec triple plateau un moyeu maxi car et tout le travail derrière c'est un tandem que j'ai fabriqué en 88-89 il y a 4 plateaux c'est possible 4 plateaux c'est le restaurant du bazar donc une étagère avec des pièces de vélo mais pas que derrière c'est un vélo tout en aluminium de la marque Bara c'est un vélo qui doit avoir 70 ans peut-être j'ai un 4 de tandem Saint-Ger j'ai toutes les pièces ça c'est le premier vélo que j'ai fabriqué et que j'ai voyagé pendant 19 mois vers l'Asie et vers l'Océanie avec un tambour de tandem Maxi Car d'ancienne. Trois freins, deux sur patin, un sur tambour.

Je reconnais. Ça, c'était ma première marque. Contraction de François et de Coppola. C'est françonné parce qu'il y avait un cédille. J'ai beaucoup roulé aussi après, après le voyage.

Le voyage, c'était entre 84 et 86, mais après, pas mal d'années, jusqu'en 90, on faisait du cyclocamping avec celui-là.

Les vacances et tout ça, c'était avec celui-là.

Celui-là, je ne le vends pas. C'est le numéro un. Je le garde. Il y a beaucoup de choses à déménager. Il coûte trop de choses. Donc, tu fais ton demi-tour du monde.

Tu rentres chez toi et ensuite, tu vas directement travailler chez RandoCycle ? Non, non, non. J'ai travaillé dans l'industrie, dans une usine Valourec qui fabrique des tubes, mais ce n'est pas du tout les mêmes tubes que pour les vélos. C'est des tubes pour les forages pétroliers et pour les pipelines. Donc, les tubes épais et très gros. Au bout d'un an, ils ont fait un plan de licenciement. Donc j'ai travaillé un an et j'ai demandé à faire partie du plan parce que j'avais envie de repartir à vélo, en voyage.

Et avec mon ex-épouse, on est parti en tandem. Là, j'ai construit un tandem et on est reparti en tandem pendant six mois. Et c'est après ça que je me suis installé d'abord à mon compte, sous la marque Fançonnet. Et là, j'ai fait une bonne vingtaine de vélos sur mesure. et je faisais aussi, en sous-traitance, pratiquement tous les 4 pour Endocycle. Pendant un an et demi, j'ai fait tous les 4 pour Endocycle, qui était un spécialiste du vélo de voyage à Paris.

Ils m'ont proposé, début 90, de me salarier, de travailler à 100% pour eux et chez eux. Après, j'allais travailler à Paris. Pendant 3 ans, j'ai fait l'aller-retour en train tous les jours d'Evreux à Paris. On a fait construire une maison à Evreux avec un grand sous-sol et j'ai pu réinstaller mon atelier chez moi. Du coup, je travaillais à domicile, je faisais les cadres chez moi à Évreux. Je les emmenais à Paris toutes les semaines.

J'emmenais un ou deux cadres, voire trois même dans le train sous le bras et je finissais des montages sur place où je fabriquais les portes de baillage chez Rendeau-Cycle. J'ai fait ça après pendant 17 ans au total chez Rendeau-Cycle. J'étais 17 ans salarié cadreur chez Rendeau-Cycle. Mais tu es parti avant que la boutique ferme ? Oui, j'ai arrêté en 2007. De ne pas avoir les clients et de ne pas savoir qui allait rouler dessus.

J'ai toujours travaillé dans mon sous-sol, chez moi comme à Paris d'ailleurs. Je suis rendue aussi que je travaillais au sous-sol. De ne pas voir le jour, au bout de 17 ans, j'en ai eu assez. Donc j'ai fait autre chose. J'ai travaillé un petit peu en chèque emploi service. Je ne faisais plus de vélo, mais du carrelage, électricité, plomberie, sac de bain. Et puis après j'ai retrouvé du travail, j'ai été embauché dans un chantier d'insertion à Evreux où la base c'était la récupération et la réparation de vélos.

Donc avec des salariés en insertion issus de milieux défavorisés, pour certains sortant de la maison d'arrêt, fin de prison, ou même en semi-liberté, bracelet électronique. Donc je suis resté pendant 7 ans, toujours dans le vélo, mais c'était du vélo de récup, du vélo bas de gamme. Donc, on faisait des réparations. Et je faisais surtout du social avec mes salariés en insertion.

Je faisais plus de social que de réparation de vélo. Ça te plaisait, mais... La vie de couple à Yvreux, c'était plus comme il aurait fallu que ce soit. J'ai rencontré Trudy ici à Mousson. On était un couple TGV pendant trois ans. Donc, on faisait des allers-retours Mousson-Yvreux, alternativement l'un à l'autre. Et puis Trilly est tombée malade, elle a eu un cancer du sein, donc je me suis dit, ma place n'allait pas à 450 km, je vais la rejoindre définitivement à Mousson.

Donc j'ai emménagé à Mousson. Après les 9 mois de son traitement pour le cancer, on est parti en voyage en Asie centrale et en Extrême-Orient, Corée et Japon, pendant 4 mois. Après le retour de ce voyage-là, j'ai décidé de refabriquer des vélos sur mesure, de me remettre à mon compte. Et depuis 2018, je fabrique des vélos sur mesure.

Et la marque, c'est ? La marque, c'est Cycle Itinérance. Et qu'est-ce qui t'a remotivé à fabriquer des vélos ? Ce qui m'a motivé, c'est que j'ai essayé de trouver du travail dans l'industrie sur Pont-à-Mousson, mais je n'ai rien trouvé qui m'intéressait. Enfin, ce n'est pas évident de trouver du travail à 57, 58 ans. J'avais travaillé beaucoup tout seul, en fait, depuis presque toujours que je fabriquais des vélos.

Me retrouver salarié sous les ordres d'une ou plusieurs personnes, à faire des trucs qui ne me branchaient pas forcément, à ça ne m'emballait pas trop. Et comme j'avais tout mon outillage, et que bon, c'est une passion aussi, et que depuis une dizaine d'années, il y a pas mal de jeunes qui se sont installés à fabriquer des vélos sur mesure des randonneuses, il y a quand même pas mal de jeunes qui arrivent à s'éclater là-dedans à en vivre je me suis dit bon bah voilà je sais faire ça ça me plaît j'ai tout ce qu'il faut je me relance là-dedans en 2016 à la création au premier concours de machines je suis allé voir en visiteur pour retrouver les copains cadreurs que je connaissais Bertou, Catin, Perrin vagabonde. J'étais aussi toujours passionné par la construction de vélos sur mesure, donc un concours de fabrication de vélos sur mesure.

Forcément, j'étais obligé d'y aller. J'ai vu tous les nouveaux constructeurs de l'époque. La Fraise qui se lançait, François Co avec Edelbaï, et plusieurs autres. Soigny qui était en rookie, Sébastien Klein aussi avec les cycles brevets. il y avait quand même un renouveau là-dedans et c'était super intéressant de voir qu'il y ait des jeunes qui se lancent à nouveau et qui fabriquent des super belles machines.

C'est un métier passion, tu ne fabriques pas des vélos pendant 20 ans sans les oublier. Il y a un truc qui te branche, tu vas voir. Est-ce que tu peux un peu raconter le moment où tu as commencé, combien de cadreurs il y avait grosso modo en France ? Pour toi, c'était comment à l'époque la position là-dessus, c'était quelque chose de complètement reconnu ou il y avait quand même pas mal de gens qui faisaient ça ?

À l'époque, quand j'ai commencé, fin des années 80, début 90, le représentant de chez Reynolds, il avait 200 clients en France qui lui prenaient des tubes. Donc potentiellement 200 cadreurs à l'époque en France. Et 15 ans après, on devait être à tout casser une vingtaine. Parce que les cadres, d'abord les cadres en alu, et très rapidement après, les cadres carbone qui arrivaient bon marché, voire très bon marché d'Asie, ont supplanté les cadres acier.

La mode a fait que tout le monde voulait un cadre carbone, et du coup, ceux qui fabriquaient des vélos sur mesure dans la course, enfin vélos de course, L'offre était tellement vaste par toutes les marques, que ce soit Look, Time, Cannondale, Giant, toutes les grandes marques, et dans les marques de grande surface de sport, Decathlon, etc., tout le monde proposait des vélos de course en alu ou en carbone à des prix des chiantaux de concurrence.

Fabriquer un cadre en acier sur mesure à la main, comme on le fait, pour tous ces vendeurs-là, ça n'avait plus vraiment de sens. Économiquement, c'était plus viable, donc ils se sont tous mis à acheter des cadres et à faire du montage à la carte, voire des vélos tout fait. Dans le domaine du vélo de course, vélo de compétition, le sur mesure en acier, c'était la fin.

On résistait ceux qui étaient vraiment dans les marchés de niche, dans le domaine de la randonneuse, du vélo de voyage. Les vélos de course, c'est une géométrie, on ne peut pas mettre de garde-boue, on ne peut pas mettre d'éclairage, on ne peut pas mettre de porte-baillage, il n'y a pas les attaches pour. C'est très inconfortable pour rouler longtemps dessus. Pour ceux qui veulent une randonneuse longue distance et ne pas avoir les reins cassés, on prend plutôt un cadre en acier, avec une géométrie un peu plus longue, plus confortable, une position beaucoup moins plongeante que sur un vélo de course.

L'offre est quand même beaucoup plus réduite. Il y a quand même quelques marques qui fabriquent des randonneuses et vélos de voyage. Farad Manufacturer, Surly, Genesis. Ça reste souvent quand même des vélos qui sont relativement lourds quand même, avec des arrières assez longs, qui sont relativement bien adaptés pour du vélo de voyage. On ne demande pas une performance extraordinaire, mais pour faire de la randonnée longue distance rapide, on va dire, Enfin, dans l'esprit Paris-Brest-Paris, il n'y a rien, quoi.

Enfin, en vélo de série, ça n'existe pas. Si on veut une bonne randonneuse, à la fois légère, rigide, rapide, avec une bonne position et tout un tas d'accessoires, style moyeu dynamo, porte-baillage pour une sacoche de guidon, on ne trouve rien en vélo de série.

Il fait énormément de trucs à la main. Les potences, herses, malus, ajourés au milieu et tout ça, il s'était fait à la main.

Des gars qui venaient bosser le samedi, qui bossaient ailleurs, à l'SNCF ou autre, qui venaient bosser, faire des pièces comme ça, pour lire des manivelles, des étances. C'était un nombre d'heures.

Il avait fallu payer des gens avec les charges et tout. C'était pas possible, quoi. C'est des gars qui venaient faire comme ça, 3 heures par semaine, payer au black, enfin, payer en pièces.

Chose qu'on ne peut plus faire maintenant, quoi. Sable-toi entre avant, les constructeurs, comment ils fabriquaient leurs cadres et maintenant, c'est quoi qui a changé fondamentalement ?

Qu'est-ce que les constructeurs, qu'est-ce qu'ils proposent de plus ou de différent par rapport à avant ? Le matériel disponible a évolué. On ne construit plus un vélo en 2022 comme on le faisait il y a 20 ans. il y a eu l'apparition des freins à disque on a un choix plus vaste au niveau des tubes des fabricants de tubes, Reynolds, Columbus ou des Dachai pour les tubes acier je parle en termes d'épaisseur, de diamètre de composition aussi de l'acier des traitements thermiques qui sont appliqués sur les tubes il y a 40 ans on avait peu de choix déjà en diamètre ça se limitait à pas grand chose maintenant on a des tubes suivant la pratique la corpulence du pilote on peut mettre des tubes plus ou moins gros, plus ou moins épais avec des aciers plus ou moins résistants sur le vélo en lui-même les composants du vélo la plus grosse avancée de ces dernières années c'est les freins à disque on est passé vraiment du 100% patin en 2022 on est quasiment au 100% disque moi je trouve que c'est plus compliqué, ça demande beaucoup de précision Toutes les attaches liées aux freins à disque, c'est plus complexe que d'installer 4 tasseaux support de cantilever ou de V-Break.

Braser 4 tasseaux, moi je passais 20 minutes à braser 4 tasseaux. Une fourche en acier, il n'y avait quasiment pas d'attache dessus. On pouvait se servir des œillets pour les portes de baillage, les œillets des pattes de fourche. Ils ont brasé 2 tasseaux de frein, puis c'était terminé. Moi je fabriquais une fourche, ça me prenait une heure et demie, deux heures, alors que maintenant avec les pattes de disque, les pattes spéciales pour les moyeux dynamo, les pattes qu'on est obligé de rajouter parce que les disques gênent les tringues de garde-boue, donc on est obligé de rajouter des pattes supplémentaires.

Les portes-bagages, on ne peut pas se resservir des œillets parce que ça passe juste devant les étriers de frein. Donc, on ne peut plus régler les étriers de frein si le portes-bagages passe devant. Donc, toutes ces attaches supplémentaires, les œillets pour maintenir les gaines qui vont vers l'étrier de frein. Là où je passais deux heures sur une fourche, je passe cinq heures maintenant. Quand j'étais chez RendoCycle, je fabriquais beaucoup de vélos de voyage. Des jeunes qui partaient faire le tour du monde.

Et la finition des brasures, le polissage, etc., ça leur était indifférent. Pourvu que le vélo soit solide, ne casse pas et fasse le job. Plutôt que de payer du temps sur les finitions, le temps passé à la lime, il préférait avoir des brasures brutes ou pas finies à l'extrême comme on peut faire maintenant. L'argent gagné là, il achetait des sacoches ou une tente, un chaud.

Sur ces vélos de voyage-là, je passais beaucoup moins de temps sur toutes ces finitions qui sont simplement esthétiques mais n'apportent rien en termes de résistance du vélo là où je passais où je sortais un cadre pratiquement dans la journée maintenant je passe 3 jours 150 degrés, 900 degrés, c'est bien rouge je vois sur des photos tu disais, j'ai de la lime avec ton charumeau il y a un endroit que je vois qu'il y a une bosse, un machin je reprends avec le charumeau avec la flamme et puis je réétale la brasure pour que en fait au final c'est quasiment plus libre à faire s'il y a un surplus à un endroit et qu'il y a un manque je rechauche et je déplace la bravure rien qu'avec la flamme il y a Johan, il avait marqué sur son vélo du concours Bruniquel, je sais plus il avait gravé un truc sur son vélo il avait une espèce de pelle à merde là qui était fixée t'enregistres là ?

bien sûr c'est pour ça que j'ai voté pour son vélo c'est pour le pelle à caca mais dessus il avait marqué moins de polissage, plus de... Clairement, il est polimé parce que je préfère faire autre chose à la place. Ah oui, d'accord, oui. La devise écrite sous la fameuse pelle, c'était « Pensez moins, pensez plus ». Je suis toujours content du résultat quand j'arrive à faire une sous-de-brasure bien polie, machin, puis une fois que c'est peint, tu ne vois plus rien et les clients qui disent « Waouh, c'est beau ».

Donc ça, ça me satisfait, mais à faire, je trouve ça chiant. C'est pour ça qu'il faut arriver à faire un cordon le plus propre, le plus régulier, le plus lisse possible, pour que derrière, la lime, ça s'en prend une galère.

L'hiver, ça réchauffe, de limer. L'été, il est déjà chaud dans l'atelier. C'est moins drôle.

Aujourd'hui, les artisans, ils communiquent beaucoup ensemble. Il y en a beaucoup qui vont faire des stages chez les uns, chez les autres.

Est-ce qu'avant, c'était quelque chose qui se faisait ou pas trop, justement ? Non. Il y a 30 ans, même une vingtaine d'années, il y avait peu de communication entre les constructeurs. Chacun bossait dans son coin. Il y avait quelques échanges, parfois, de pièces. C'est arrivé, moi, je me souviens, chez RendoCycle, Reynolds était en rupture sur les tubes interpédaliers pour les tandems, des tubes qui étaient aplatis, enfin, ovalisés, entre les deux pédaliers.

Reynolds a été, à un moment, pendant presque un an, il n'avait plus de tubes comme ça. Alors, est-ce qu'ils avaient une machine qui avait cassé, ils n'étaient plus capables de les faire, et du coup, ils étaient en rupture. Les cyclofolistes qui étaient vraiment spécialisés dans le tandem qu'on avait une quantité en stock et on se dépannait entre constructeurs ou avec Daniel Catin sur certains tubes comme ça, surtout sur les tandems. Mais c'était vraiment très très ponctuel et il n'y avait pas vraiment de communication alors que maintenant, par le biais de l'association des artisans du cycle on est regroupé en association on se rencontre au moins une fois par an au moment du concours de machine C'est la fête du vélo sur mesure.

Ça dure quatre jours, on roule ensemble, on échange nos points de vue, nos combines, nos galères pour trouver des pièces. Il y a une entraide quand même entre les constructeurs, un échange, on se connaît, on mange ensemble. Voilà, c'est sympa. Tu l'expliques parce que justement maintenant vous êtes peu nombreux à faire ce métier ? On est peu nombreux et tous avec la même passion.

Et on n'a pas de raison de se tirer dans les pattes parce qu'on est éloigné la plupart les uns des autres, on n'est pas forcément sur les mêmes créneaux, sur la même clientèle, il y en a qui sont spécialisés dans le vélo course, d'autres dans le vélo gravel, d'autres dans le vélo de voyage, dans les randonneuses, il y en a qui font du carbone, d'autres qui font du titane.

Après, les clients, ça marche aussi au coup de cœur. Il y a la proximité de son constructeur, mais il y a plein de gens qui traversent la France, qui ont un constructeur à 100 km de chez eux et qui vont traverser la France parce qu'ils ont un coup de cœur au moment d'un salon ou autre, ou le bouche à oreille, le copain qui roule avec un vélo de telle ou telle marque et qui se dit c'est ça que je veux, je veux le même.

Ils vont traverser la France pour aller voir la fraise, là-bas dans le nord, au fin fond, en partant de Toulouse ou de Marseille. Ils vont faire mille bornes pour aller commander un vélo, alors qu'ils ont plusieurs constructeurs dans la vallée du Rhône ou autour de Toulouse.

Voilà, c'est fini pour la première partie. La semaine prochaine, on parle de fourche-trosse, de 650B et d'obsolescence programmée. En attendant, si vous voulez voir le travail de François Coponnet, il a un site internet et il poste aussi pas mal sur Facebook. En plus, en ce moment il déménage. Alors, c'est l'occasion de découvrir ses posters poulies d'or et autres petites pépites C'est pas vrai C'est toujours un truc où il ne faut pas montrer Surtout pas montrer que je fais ça comme ça C'est pareil Exactement