
Notes de l’épisode
Dans ce 3e épisode je me retrouve au pied des Pyrénées à La Barthe-de-Neste, où je découvre l’entrepôt géant de Milc, une entreprise qui fabrique des engins légers et roulants orientés mobilité douce. Des vélos, des cargos, des petites motos et même des chariots à marmots !
Je me faufile entre les grosses machines et les postes à souder ; ouvre la porte du bureau d’études où ça modélise sec sur les logiciels de conception 3D. Je glisse entre les anecdotes du Sun Trip de Bernard Coquil, ambassadeur du voyage à vélo solaire ; je contourne un châssis Benur, évite le chalumeau de Pascal pour enfin pénétrer dans la partie assemblage où Fabien donne un cours pointu sur le montage de roue. À la fin de la journée je me retrouve avec 4 de ses compères qui s’activent à shaper la piste grasse d’un sous-bois du plateau de Lannemezan, afin d’y faire glisser leurs pneus souples et audacieux.
Dans cet épisode vous pourrez entendre Fred Bernard et Fabien Rolland m’expliquer le fonctionnement de Milc et d’Antidote Solution ; et dans un second temps Rémi Coudere qui se cache derrière la marque Soum et ses variations de VTT sur le thème de la toponymie occitane.
© Camille Veillard
Références :
Bicycle Mods – Histoire d’une marque
Musique :
Générique d’intro : Andriy Mashtalir – Changes
Générique de fin : Le Collectif À Bernard featuring Driss ! https://lesiteinternetabernard.com/
Transcription
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L'objectif de cet ouvrage est de mettre en lumière le potentiel d'épanouissement humain offert par les métiers manuels. On a toujours envie de progresser quoi. Non. Le. Ah non. Si lui il le fait, pourquoi toi t'y arriverais pas ? Nos filles et les garçons, on s'en fout du genre. On s'intéresse ici à l'expérience de ceux qui s'emploient à fabriquer ou à réparer des objets.
Camille Industries, jambes pêles et cargos à la fois. Vous écoutez Dans le Cadre, un podcast sur les cadreurs et cadreuses vélos destinés à tous les monomaniaques et passionnés de la bicyclette. Dans ce troisième épisode, je me retrouve au pied des Pyrénées, à la Barthe de Nest, où je découvre l'entrepôt Géant de Milk, une entreprise qui fabrique des engins légers et roulants orientés mobilité douce. Des vélos, des cargos, des petites motos et même des chariots à marmots.
Je me faufile entre les grosses machines et les postes à souder. Ouvre la porte du bureau d'études, où ça modélise sec sur les logiciels de conception 3D. Je glisse entre les anecdotes du Sun Trip de Bernard Coquille, ambassadeur du voyage à vélo solaire. Je contourne un châssis de baignure, évite le chalumeau de Pascal, pour enfin pénétrer dans la partie assemblage, où Fabien donne un cours pointu sur le montage de roues. A la fin de la journée, je me retrouve avec quatre de ses compères, qui s'activent à chipper la piste grasse d'un sous-bois du plateau de l'Anne-Meuzan, afin d'y faire glisser leurs pneus souples et audacieux.
Dans cet épisode, vous pourrez entendre Fred et Fabien m'expliquer le fonctionnement de Milk et d'Antidote Solutions, et dans un second temps, Rémy, qui se cache derrière la marque Sum et ses variations de VTT sur le thème de la toponymie Occitane. Ils sont dit on va faire des vélos à 10W pour s'envoler sur la lune. J'ai oublié de me connecter. Il y en a juste pour le télétravail qui ont été notre. J'avais vu le passé mais je n'ai pas regardé. Tu vois mon rayonnage ?
Comment ça se fait que le moteur est plus gros que la roue ? Tu vois quoi, j'ai rayonné ? 2, 6, 2, 2, 3. Salut Fred ! Salut ! Je m'appelle Fred Bernard, j'ai 50 ans et j'ai toujours travaillé dans le vélo. J'ai d'abord toujours pratiqué, c'est la base, l'accroche que j'ai avec cette activité-là, ça passe quand même par la pratique. J'ai fait beaucoup de vélos de route, du BMX, j'ai fait beaucoup de VTT.
Je roule pour me déplacer, je roule pour partir en vacances, je roule un peu tout le temps. Peut-être moins maintenant qu'à un certain moment, mais en tout cas c'est un peu le fil rouge de ma vie le vélo.
Et la chance que j'ai eue, c'est que j'ai toujours aussi travaillé dans ce milieu-là. Toujours autour du développement de produits. Mon premier boulot dans le vélo, c'était chef produit route pour Sun. Les vélos de route, c'était un petit peu loin des segments qu'ils occupaient à l'époque, puisque c'était très BMI que c'était été. À ce moment-là, Sun est arrivé avec plein d'idées qui venaient justement de ces segments-là, et qui n'étaient pas du tout communs sur la route.
C'est-à-dire les vélos sloping, les pneus avec des flancs noirs, Les vélos tout noirs, des potences à E7, plein de trucs comme ça. Et ça a été compliqué au début parce qu'on nous a un peu renvoyé les vélos par la figure. Alors que maintenant, des vélos noirs avec des flancs noirs et des potences à E7, on peut dire que ça court les rues, quoi. Ça avait déjà forgé à l'époque, on va dire, un caractère. Parce que quand tu arrives avec des convictions et que tu penses que tes choix produits sont bons, dans le même temps, tu te rends compte que le marché n'est pas prêt à les accepter.
Et pourtant, tu y crois dur comme fer, forcément, tu t'as guéri. Et puis tu rôdes aussi un peu ton discours, tes arguments. Tu te poses des questions sur la façon dont tu vas présenter le truc et faire passer tes idées. Donc j'ai fait ça quelques années chez Sun. J'ai refait la même chose chez Commensal. Peut-être que tu ne t'en souviens pas, mais des histoires entre Sun et Commensal. Alors non, je ne me rappelle pas. Certainement parce qu'à l'époque, j'étais soit trop petite, soit pas du tout intéressée par le vélo, et encore moins par le VTT ou le BMX.
Mais du coup, pour me mettre un peu à la page, je me suis rappelé la chaîne YouTube d'un copain qui faisait des vidéos assez rigolotes. Ça s'appelle « Histoire d'une marque » et sa toute première, c'était sur Commensal. Max Commensal s'était fait virer de chez Sun à l'époque et puis avait remonté en fin des années 2000 une nouvelle marque qui s'appelle toujours Commensal. Le vélo de route et le BMX ont stoppé assez rapidement dans l'histoire de Commensal. Mais au début, je m'occupais toujours de ces vélos de route et puis après, j'ai switché sur le VTT.
Développer les châssis et puis faire le choix produit. C'était le début à l'époque des métas, des suprêmes, etc. Les premiers vélos, on va dire, gravity de Commensal. Donc ça, c'était en Andorre. Et après, j'ai quitté Commensal au milieu des années 2000. Je suis revenu chez Sun. À l'époque, il y avait Alex, l'ex-Iral OBE. Et Sun venait d'être racheté à l'époque et il cherchait donc à renforcer l'équipe produit. Donc on est reparti ensemble sur des cycles produits avec Simon André et puis Thomas Lecomte un peu plus tard aussi.
Où là, on a développé les carnes, les carnes LT, les nouveaux RAD, etc. On est resté quelques années chez Sun avec Alex. Et en 2010, on a quitté Sun avec Alex pour monter Antidote Solutions. On rentrait dans la dark side, en quelque sorte. C'est-à-dire qu'on passait d'un statut de salarié à celui d'entrepreneur, on va dire. C'était une démarche assez nouvelle à l'époque, dans le vélo. Parce que la notion de sous-traitance sur ces sujets-là, ingénierie, c'était pas du tout commun.
La plupart des marques, soit elles s'appuyaient sur les cadreurs, à l'époque principalement asiatiques. Soit elles avaient leur propre bureau d'études qui faisait développement en interne, mais elles s'appuyaient pas trop sur les compétences externes. C'est vrai que quand on était avec Antidote Solutions, les acteurs, les marques n'étaient pas forcément disposées à travailler avec nous. La chance qu'on a eue, c'est qu'on est parti avec Sun. On a quitté Sun et Sun nous a dit qu'on ne va pas vous retenir, mais par contre, on veut bien que vous continuiez à travailler pour nous. Et puis très vite, on a enchaîné avec plein d'autres marques.
On va dire que dans notre activité de développement produit, le cœur, c'est vraiment l'ingénierie. Tu dessines, tu fais de la modélisation, tu fais du design, tu fais des études de tout le type. cinématiques etc on s'est rendu compte qu'il manquait on va dire un maillon important dans le développement produit qui était celui du prototypage en fait à l'époque c'était à la fois simple et compliqué de faire des protos en asie simple dans le sens où le cadreur que tu avais fléché pour la série était plutôt enclin de faire des protos mais par contre le niveau de qualité qu'ils proposaient n'était pas forcément à la hauteur du niveau de qualification qu'on voulait mettre en place c'est à dire que bon bah voilà quand tu avais des écarts sur les géométries de l'ordre du demi degré ou du degré ou 5 mm sur une longueur, c'est compliqué à gérer en termes de validation. Un demi-degré sur un angle de direction ou un angle de sel c'est quand même important. Donc on n'arrivait pas à un niveau de qualité suffisant et puis on était de plus en plus en prise aussi avec des porteurs de projets dont les capacités de vente ne permettaient pas d'aller en Asie parce que les volumes n'étaient pas suffisants. Tout ça a un peu évolué maintenant mais à l'époque c'était compliqué de faire des bâches en dessous de 100 ou de 100 cadres. Donc on avait besoin d'un atelier de prototypage et Et en 2013, on a monté Milk, en fait, avec pour objectif, d'une part, d'avoir un atelier de fabrication proto et puis aussi, éventuellement, de faire de la petite série pour répondre justement aux besoins de tous ces porteurs de projets naissants.
Et voilà comment l'aventure est partie. Et avec Milk, depuis, ça a progressé un petit peu. Le total d'Antidote et Milk, on est à peu près une vingtaine. Et maintenant, avec Milk et Antidote, on a un balaie très large, finalement, puisqu'on est capable de mener un projet, véritablement de quasiment rien. C'est-à-dire que des fois, on a des porteurs de projets qui arrivent en nous disant « Bon, moi, je veux faire une marque de vélo. » C'est un chantier quand même. Ça va coûter de l'argent, ça va prendre du temps.
Mais on est capable quand même de faire ce travail-là, de la stratégie marque, de la stratégie produit, jusqu'au produit prête à vendre. Même des marques de petite taille viennent nous solliciter pour qu'on leur trouve des solutions d'industrialisation. Et donc, les solutions d'industrialisation, ce n'est pas forcément en Asie, à l'autre bout du monde. C'est aussi plein de solutions près de chez nous. C'est à nous de faire le tri, à bien comprendre le projet, bien comprendre les intentions des porteurs de projet, bien comprendre la segmentation marché,
et puis trouver les solutions techniques et industrielles à adosser. Voilà, en gros, notre travail.
Tu fais quoi ? C'est un vélo-cargo. Long tail et cargo à la fois. C'est une mousine.
C'est un proto.
Tout testé, tout... Essuier les plâtres, quoi. Premier ? Ouais, exact.
Il y a pas mal de boulot de préparation, de vérification.
Déjà, les porteurs de projets, ils ont différents profils. Ça va de la marque, la grande marque renommée qui a besoin de nous sur des expertises très précises. Les gros, généralement, ils viennent vers nous parce qu'ils ont besoin d'une expertise pointue. Et puis, à l'autre bout du spectre, il y a les porteurs de projets, on va dire, unipersonnels ou alors des toutes petites structures à deux, trois personnes. Et eux, souvent, ils ont des profils un peu market, un peu une vision du marché, mais pour certains même pas, c'est juste des entrepreneurs qui sont en capacité d'aller lever beaucoup d'argent.
Et eux, il faut les accompagner de façon hyper transverse. C'est-à-dire que parfois, ils arrivent avec simplement l'idée de monter une marque de vélo, mais sans savoir comment ils vont se positionner. Ils n'ont même pas de stratégie marque, ils ont encore moins de stratégie produit, ils n'ont rien du tout. On a surtout un rôle de conseil au début. Et puis si on sent que le porteur de projet est toujours motivé et qu'il a les ressources pour aller jusqu'au bout, on commence à travailler avec lui. On lui fait des propositions, etc.
Avant même que ça passe dans les mains de Milk, en fin de compte, précédemment, il y a toutes ces phases d'études où on va mettre en place le cahier des charges, mettre en place la modélisation. Sur ces entrants et la nomenclature, il faut dessiner le cadre. Des fois, il faut dessiner la fourche. Des fois, il faut dessiner les emports, les portes de bagages, etc. Il y a plein de choses à dessiner. Puis après, on va choisir d'autres pièces. Des railleurs de chez X, une potence de chez Y, etc. Qui constituent la nomenclature. Le lien, il est là, en fait.
Il y a un minimum de données techniques qu'il faut constituer pour que Milk puisse travailler. Ce n'est pas vraiment différent de la logique du cadreur, parce que le cadreur doit aussi faire ce travail-là, mais peut-être de façon moins formalisée. C'est-à-dire que le cadreur, il faut quand même qu'il écoute avec attention ce que va lui raconter l'utilisateur, ou qu'il comprenne bien sa pratique, qu'il arrive à interpréter, parce que l'utilisateur, il n'y a pas forcément tous les mots techniques pour dire quel est son vélo idéal. Donc, ce n'est finalement pas tellement différent.
Il faut savoir écouter et interpréter un petit peu ce qu'on nous raconte. En fait, chez Mille, on peut avoir un projet qui commence par un prototype et un développement de série fabrication made in France. En fait, on fait tout en interne. On peut faire un produit du début jusqu'à la fin, jusqu'à l'assemblage. Mais aussi, on peut monter des produits de pièces qui viennent d'Asie.
Parce qu'aujourd'hui, il ne faut pas se le cacher, la plupart des composants viennent d'Asie et c'est dur de faire autrement. Lui, c'est Fabien, un breton exilé dans les Pyrénées qui a toujours travaillé dans le monde du vélo, dans un atelier participatif, en magasin et aussi en tant que formateur en mécanique. Ça fait trois ans qu'il est arrivé chez Milk pour développer la partie assemblage et lui aussi, il fabrique dans son sous-sol des bicyclettes sous le nom de dérapage.
Nous, on accompagne ses clients dans une démarche. Il y a des entreprises qui le font depuis des années, des chaînes d'assemblage de vélos, Mais ils sont moins malléables, ils sont souvent un peu dans leur rythme de fabrication, de croisière sur des projets à peut-être plus grande quantité, mais un peu toujours la même chose. Nous, le plus, c'est la réactivité et la modularité. On est très réactif sur différents projets et au niveau des montages aussi.
J'ai entendu dire que le système, ici, il s'essayait de faire un truc un peu à l'horizontale, un peu différent de ce qu'on peut connaître dans d'autres entreprises au niveau des prises de décisions. Est-ce que tu peux expliquer un peu comment ça marche et si ça marche bien ? Il y a des valeurs, il y a une politique sociale, il y a de l'engagement, il y a du partage et il y a une horizontalité, en fait, dans le choix des décisions qui est quand même plutôt intéressante et qui, aujourd'hui, dans beaucoup d'entreprises, on ne retrouve pas cette horizontalité.
Pour moi, c'est quand même très important, ces valeurs. Ça motive au boulot, ça permet de développer des choses. Ça permet aussi d'avoir des personnes qui viennent du terrain, comme moi qui viens plutôt d'apprentissage, 15 ans en boutique vélo, avec des personnes qui ont de l'expérience, qui sortent d'école d'ingé, qui sont jeunes. Et en gros, on est tous sur le même niveau et on est là pour travailler ensemble et pour partager nos idées et pour construire ensemble.
Donc je trouve que le fait de partager comme ça, peu importe le niveau d'études, ça permet vraiment d'être constructif. Ce qui m'a plu aussi, c'est l'équité de salaire. En gros, on gagne tous le même salaire. Le critère des études, pour nous, n'est pas forcément justifié pour avoir un salaire plus important. Quand on intègre 1000, qu'on est un peu sur le même taux horaire. Et après, ça va être des critères d'évaluation qu'on définit ensemble.
Et par rapport à ces critères, on aura des salaires qui seront un peu moins différents. Mais dans le fonctionnement interne, ça fonctionne. Bon, avec plein d'interrogations, puis d'embûches, quoi. Parce que, comme je te l'ai dit, nous, on part sans véritablement, on va dire, socle idéologique par rapport à ces principes-là. On pense que, tôt ou tard, on aura des limites à cela. Parce que le nombre fera que, dans le processus de prise de décision, on ne va pas pouvoir proposer à tout le monde de s'impliquer comme on le fait là encore.
Là, on voit même que c'est un peu la limite. On est quasiment 20. Ça devient compliqué pour certains trucs. le niveau d'information que chacun détient sur le sujet en question, il n'est pas le même. On fonctionne plutôt par commission, tu vois, en fonction des intérêts de chacun. Là, quand tu parles de commission, ça concerne aussi bien des gens qui sont au bureau que des gens qui sont à la fabrication ? Complètement, c'est hyper transverse. C'est-à-dire qu'on a une organisation de travail qui n'est pas adossée à des liens de subordination entre nous.
Malgré tout, en fonction de la mission que tu as dans Antidote et Milk, tu détiens des informations que d'autres auront du mal à capter. Donc ça crée quand même des déséquilibres, si tu veux, par rapport justement à la capacité de chacun à prendre les décisions. Ça rejoint la question du niveau d'information que chacun détient, au regard d'une décision que tu dois prendre.
Voilà le type de problématique dans laquelle on est encore. C'est un aspect de ce qu'on entreprend avec Antidote et Milk qui me passionne plus que le vélo pour le coup. C'est clairement plein de difficultés, mais c'est aussi d'un point de vue social, hyper enrichissant. D'ailleurs, notre mode de recrutement, même si ce n'est pas trop un mot qu'on emploie, il est un peu particulier. C'est-à-dire qu'on regarde vaguement les compétences des gens, mais ce n'est pas le plus important pour nous.
Moi, j'ai rencontré Milk sur l'annonce l'offre d'emploi qu'ils avaient formulée sur les réseaux sociaux. Je suis le premier salarié de chez Milk, parce qu'auparavant il y avait des auto-entrepreneurs. Et sur l'annonce, il y avait écrit « Nous recherchons un chaudronnier plutôt sympa ». Donc, en fait, moi, j'ai répondu à l'annonce que je n'étais pas du tout chaudronnier, mais que j'étais sympa.
Ce qui est important pour nous, c'est qu'on s'assure qu'il y a une compatibilité avec le groupe déjà en place. Une compatibilité humaine. C'est-à-dire qu'on estime que si ça se passe bien avec le groupe, mais que tu n'as pas les compétences, la montée en compétences, elle se fera facilement parce que tu seras dans un environnement qui te plaira. S'ils ont les gens qui ont des compétences et qu'ils ne s'entendent pas, ça ne fera quand même pas une bonne équipe à la fin. C'est une façon de voir les choses qui, je pense, est un peu en décalage.
On n'a pas beaucoup de littérature là-dessus. Et on ne croise pas beaucoup d'entreprises, notamment avec des projets industriels comme le nôtre, qui fonctionnent de cette façon. Ça existe, tu vois, dans l'associatif. Avec un projet industriel adossé, nous, on ne connaît pas. L'organisation de la semaine, par exemple, même ça, elle est décidée de façon collective. Ce n'est pas bidule aux machins qui décident ce que vont faire les autres. Ici, tout le monde est un peu transversal. On a tous des qualités, on a tous des postes plus ou moins définis.
Mais si demain, il faut aller poncer d'études, donner un coup de main en chaudronnerie, les gens de l'assemblage passent en chaudronnerie, mais aussi le soudeur, il peut assembler des vélos. Et quand je suis arrivé au bout de six mois, il y avait un projet d'assemblage sur deux mois, et en fait, tout le monde a fait de l'assemblage. Les gens du euro, tout le monde est venu faire de l'assemblage. Ils ne sont pas restés devant l'ordinateur. Et voilà, si demain, on a une personne qui est absente, on peut tous la remplacer à son poste. Alors, c'est sûr que pour souder, c'est un peu plus compliqué.
C'est le poste le plus technique, où c'est sûr qu'on est moins compétent que Pascal aujourd'hui, mais on essaye de développer ça, que toutes les personnes puissent rapidement changer de poste. Mathieu, qui nous a rejoints à l'assemblage, m'avait contacté pour faire un CQP cycle, il vient de la chaudronnerie, et pourtant aujourd'hui il est à l'assemblage, mais parce qu'en fait il avait envie de développer ses compétences dans le milieu du cycle, et aujourd'hui il va apprendre à rayonner des roues, il va apprendre à régler des arrières, il fait de l'assemblage, mais ses compétences de chaudronnier peuvent aussi nous apporter que des fois, quand on a besoin d'un coup de main au niveau soudure, il se passe en chaudronnerie.
Donc voilà, c'est une personne qui venait avec un bagage technique qui correspondait plus à la chaudronnerie, mais qui a envie de faire de l'assemblage, ben voilà, nous on ouvre nos portes, quoi.
On s'aperçoit qu'en fait, on peut faire plein de choses nous-mêmes, quoi. Genre quoi ? Ben, les roues, déjà.
Moi, il y a plein de choses que j'avais peur de faire, quoi. L'incomment, c'est un jeu de direction, les cuvettes, tout ça, t'as toujours peur de mettre... t'es au marteau, t'as pas les outils qu'ils font en fait, quand t'as le cadre qui est tout neuf avec la peinture et tout, il y a plein de choses qui en produisent comme ça. T'as arrêté de les monter au marteau ? Ouais, quand même. Si on joue aussi, on aura besoin de plus de manoeuvre, de plus de personnes, et je pense qu'aujourd'hui, vu l'ambiance, les gens qui ont intégré Milk ces derniers mois, vu les conditions sociales qu'on développe, il y a très peu d'entreprises qui fonctionnent comme ça, et en fait, pouvoir ouvrir nos portes à d'autres personnes de venir travailler dans des bonnes conditions, c'est quand même chouette.
Redynamiser le local, redynamiser la région. Toutes les personnes qui ont intégré la plupart Milk, on part faire du vélo ensemble le week-end, en semaine, on gère nos horaires, on a une après-midi par semaine, on part rider, on part shipper. Il y a quand même une sacrée ambiance. Grossir, c'est tout ça aussi, c'est permettre à d'autres personnes d'intégrer ce milieu-là. Je trouve que c'est assez pertinent, assez chouette, si c'est bien fait.
Toujours pareil.
Pas mal de gens qui bossent ici, qui cadrent ou qui vont être cadrés. Alors ça, c'est une volonté aussi de notre côté. C'est-à-dire qu'il y a tous les gens qui travaillent pour Antidote et Milk qui peuvent travailler dans l'atelier à partir du moment où ça ne gêne pas la prod, forcément.
Donc ça veut dire que le soir, le week-end, il y a toujours beaucoup de monde ici à l'atelier. Et dans ce cadre-là, on a aussi ouvert l'atelier à des cadreurs qui se lancent ou qui ont besoin d'un outil qui n'ont pas forcément les moyens de se payer au début et qui leur permettraient, on va dire, de lancer leur activité. Donc ça a été le cas de Yo avec Ménir. Et maintenant, c'est le cas de Rémi, de Soum. Quand il est arrivé chez Mille, qu'il était encore à l'école, il a poursuivi son cursus d'ingé en alternance.
Et donc, nous, on l'a embauché en alternance. Et quand il a fini ses études, nous, logiquement, on a dit, « Rémi, tu vas venir bosser avec nous ». Donc ce qu'il a fait un petit peu, puis très vite, lui, il avait d'autres projets de cadrage, un peu intermédiaire aussi. Il fait du cadrage traditionnel où la géométrie tombe, tu fais le cadre sur mesure, etc. Mais il a aussi des approches entre deux où il essaie de rationaliser plein de trucs. De ce point de vue-là, je pense que Milk l'a influencé quand même pas mal.
En fait, là, elle est glissante, légèrement serrée sur le pivot. Pourquoi tu ne l'as pas fait dans la tête de crâne directement ? Parce que je me suis fait influencer par des gars de Milk. Parce que je l'ai fait sur la tête de crâne, c'était égal là-bas. Il arrive avec ses projets-là, il y a beaucoup d'échanges qui se créent sur la façon de faire. Il nous sollicite vachement comme nous on peut le solliciter ou lui demander un coup de main pour des trucs. C'est encore une façon de créer du lien et de l'émulation dans l'équipe.
Donc c'est vachement chouette. Quand tu démarres une activité, c'est chaud quand même. Même le cadrage qui nécessite pas énormément de moyens, mais quand t'as pas beaucoup de moyens toi-même, c'est quand même compliqué. Donc quand tu as un outil comme celui de Milk à disposition, forcément c'est plus simple.
Maintenant que j'ai compris comment fonctionne Milk, j'attrape Rémi entre deux poses de stickers pailletés pour qu'il me raconte un peu c'est quoi Zoom. Salut Rémi. Salut. Est-ce que tu peux te présenter, dire qui tu es, ce que tu fais ? Du coup, moi c'est Rémi Coudère. Je fabrique les cadres Zoom et je travaille à développer Zoom.
Je suis dans les Hautes-Pyrénées. Je travaille dans les ateliers de Milk, chez qui j'ai travaillé trois ans et demi. Il y a une petite structure qui fait des châssis tubulaires pour les professionnels, qui fabrique les protos et les petites séries. J'utilise les locaux, les machines Milk. Puis je m'implique aussi dans l'organisation Milk et vers quoi ça va. Parce que Milk a aussi vocation à devenir un peu une coopérative et pouvoir accueillir des artisans.
Donc il faudra essayer de penser les conditions de cet accueil. Et aussi développer l'organisation Milk qui est hyper intéressante dans l'approche alternative un peu et plus sociale. L'idée, c'est que l'atelier Milk aussi devienne un atelier un peu partagé, commun. Là, pour l'instant, c'est partagé entre la prod de Milk et Soum. Alors moi, c'est une toute petite prod par rapport à Milk. Mais du coup, là, non, j'utilise les machines Milk. Dans l'idée de la coopérative aussi, c'est qu'on devienne coopérateur et du coup, qu'on partage aussi l'atelier de production.
Plutôt que d'acheter des machines, de partager ce qui existe, c'est de l'organiser peut-être plus séparément. Une partie artisanat, une partie plus industrie série. Moi, j'aimerais bien pouvoir vendre des vélos aussi dans la partie série. Fabriquer des vélos aux parties séries et garder du sur-mesure sur de l'artisanal. Tu fabriques quel type de vélo ? Eh bien, moi, je fabrique des vélos artisanaux en acier. Je pense que je fabrique plus quand même des VTT ou des gravels un peu gros. En fait, là, je définis une gamme avec Zoom.
Et le but, c'est de proposer aussi de la petite série pour être plus accessible. Je vais proposer des modèles sur-mesure et en petite série sur la même segmentation, genre gravel ou VTT. Mais en petite série, je le fais déjà sur le VTT. Dès que j'ai une commande de taille M, j'ai défini en gros mes géométries de VTT. J'ai ma modélisation de vélo avec mon plan. J'ai taille ML ou sur mesure.
Et les ML, quand j'ai une commande de M, j'en découpe 5. Ce qui me permet de régler la machine qu'une fois pour 5 découpes. Et après, je soute vraiment à la demande.
Donc j'ai mes kits de tubes pré-découpés qui m'attendent dans les cartons. J'aimerais bien arriver à sortir 4-5 vélos par mois et me laisser toute une partie pour communiquer ou rien faire. Les trois premiers gravels, c'est les premiers de la série gravel de Soum Que va s'appeler le Camille Parce que du coup je reprends les noms du coin Un peu du patois Je trouve que c'est pas mal pour ancrer localement la marque Soum ça veut dire quoi ?
Soum ça veut dire sommet en... Alors c'est un genre de patois qu'on retrouve beaucoup sur les cartes On se déplace à la cartigienne tu vois Et du coup c'est la toponymie On lit la carte selon les noms patois qu'on retrouve On sait à quoi s'attendre quoi Donc le sous là c'est le versant le soleillé, le camis c'est le chemin, le somme c'est le sommet arrondi, c'est le sommet avec de l'humilité, c'est pas le pic. Faut pas que je te croise un vieux qui parle pas toi parce qu'il va me retourner mais bon j'arrive à lire une carte et dire ah ça ça veut dire quoi ?
Tu peux te repérer avec les noms des bleds quoi. Le poids tu sais que ça va être le truc arrondi, le petit cap, c'est pas mal ouais. Est-ce que tu peux parler un peu plus de ce vélo là que t'as fait pour le concours ? Est-ce que tu peux dire pour qui tu l'as fait, qui va le piloter ? Oui, c'est Amélie, une amie de Pau, de Moumour, exactement. Elle voulait un vélo-route sportif parce qu'elle était en club, elle est très sport, vélo de roue de col, elle kiffe bien le concours, elle suit tous les ans le truc du concours où elle regarde, etc.
Du coup, là, c'était l'occasion pour elle de faire un vélo sportif où en même temps, elle va pouvoir participer au concours. On va mettre un peu le paquet sur le vélo et d'avoir un vélo de concours, ça la faisait bien kiffer. Et puis elle voulait retourner à l'acier aussi sur les vélos de route pour avoir plus de confort. Et en même temps, vélo sur mesure pour se faire plaisir aussi, un vélo qu'elle va garder. C'est un cadre en Columbus Life, donc le Columbus route un peu fin, haut de gamme.
On est sur des standards un peu à l'ancienne, les freins à patins. La fourche est un petit plus avec des baguigus qui permettent un peu le flambage du tube avant. Le flambage en gros c'est juste la flexion du tube, enfin la flexion c'est un peu impropre, c'est pas correct de dire flexion, c'est pas ça qu'on dit flambage. Le tube il se tord quand t'appuies sur la fourche, et tu le brides pas et tu le permets de rotater autour d'un point plutôt que de le brider, soudé en fait. Il est plutôt monté en rotation, du coup il vient se tordre, il vient rotater autour de ce point et revenir en position initiale parce qu'on est juste sur son élasticité.
J'ai vu l'explication que tu m'as fait hier avec la... Le réglé, le réglé est trop bien. J'ai fait un cadre bien rigide parce qu'elle voulait un vélo sportif. Donc j'ai pris un T-47. J'ai pris de la grosse section de tube en bas, soldant tube et base. Ce qui en fait se fait pas mal la rigidité d'un vélo. La peinture va claquer fort. Ah bon ? Genre de couleurs dans tous les sens. Et voilà, peinture liquide, ce que j'ai jamais fait aussi. La peinture liquide un peu chiadée avec des masquages et tout.
C'est quoi peinture liquide ? Peinture liquide, c'est la peinture qui tient pas. Là, c'est la peinture à l'eau au pistolet. La peinture à l'eau au pistolet, du coup, ça permet vraiment de faire des beaux détails et vraiment en travaillant le vernis, d'avoir une peinture quand même bien solide. C'est la première fois que je fais ça, d'habitude, je fais du thermolackage, la peinture époxy. Tu balances de la poudre et tu le cuis au four. Du coup, ça fait une pellicule de plastique sur le métal qui est vachement résistante.
C'est pas compliqué de trouver une pilote ? C'est vraiment Amélie qui a conditionné ma participation au concours, je pense. Parce que sinon, il y avait Margot, ma copine, mais elle n'est pas trop au bout de sport. Donc, c'est pas mal d'avoir des vélos qui roulent derrière, pas que des vélos de vitrine. Est-ce qu'il y a des gens dont tu apprécies le travail particulièrement en France ?
Je ne sais pas. Je pense à Victoire, Jolie Rouge. Je trouve que c'est soigné. La communication, elle est soignée. Ils montrent une image de l'artisanat avec la brasure polie. Des choses comme ça, qui sont très belles. Des artisans aussi qui se mettent au bambou ou à d'autres techniques aussi qui sont très chauds. Moi, je veux concurrencer l'industrie classique avec du petit travail manuel d'artisans.
Je ne veux pas vendre des tableaux. Après, il y a des marques que je kiffe bien et que je trouve qu'ils arrivent à proposer un vrai truc. Dans les composants, je pense à Hop. Enfin, je ne sais pas, j'achète du Hop, je ne vais pas être emmerdé. Il va y avoir des vrais montages mécaniques. Sauf quand on vient un peu de l'ingénierie mécanique On voit qu'il y a des vrais montages de roulements Il y a des vrais usinages Là derrière toutes les pièces sont utilisables Il y a un côté t'as du hop tout usiner en alu et tout ça Et l'autre côté t'as que du plastique qui casse Mais ça vaut trois fois moins cher Du coup ça me fait moins kiffer les trucs en plastique qui pètent Mais en même temps ils arrivent à fournir tellement plus de monde Moi j'ai assez du mal à passer un temps de ouf sur les vélos Je suis plutôt à me dire comment je passe moins de temps Et mes opérations elles deviennent plus efficientes Et comment je peux avoir des vélos un peu plus accessibles ?
On utilise les machines de manière maligne pour produire des vélos plus accessibles. Ça restera cher, mais au moins, il y a cette réflexion-là. Moi, passer 150 heures sur un vélo à braser, à polir, je ne suis pas trop fan. Je veux pouvoir élargir l'artisanat maximum. Du coup, le fait de faire des tailles, je trouve que c'est pertinent pour ça. de sortir de ce côté élitiste de l'artisanat même si je trouve ça cool de faire des vélos pour la NASA un peu je veux pas faire que ça je veux que ce soit un petit bonus le kiff du soir faire un vélo inox avec des trucs carbone partout pourquoi pas mais c'est beaucoup de temps c'est un peu un truc du 20ème siècle là on a plus trop le temps moi j'ai envie d'amener les gens de la descente à faire des voyages en vélo avec des sacoches Mais du coup faut que je les caresse dans le sens du poil Faut que je leur fasse des belles cinématiques Avec des véloproduits localement Et je leur dise, hé les gars, prenez pas votre voiture là Vous allez à vélo T'as les sensations un peu du sport extrême Addictive, genre de la descente Où ça va vite Les cailloux ça roule, ça saute Toutes ces sensations là, arriver à les retrouver dans du voyage à vélo Viens avec tes sensations Et on essaie de fixer Ton duvet pour que tu puisses partir 2-3 jours au moins Comme ça tu peux partir chez toi Tu fais une putain de boucle Tu vas te régaler là, tu vas avec tes potes Et puis tu reviens T'es parti chez toi en vélo quoi Ça c'est un peu, voilà, utopique quoi De toute façon le but c'est de les manger Moi je veux juste que Amélie elle les crame tous quoi